École Rhône-Alpes d'Études Freudiennes et Lacaniennes

Le texte qui suit est l’hommage prononcé lors de l’inhumation de notre collègue et ami Philippe Berté décédé le 4 octobre 2019 à Fort de France.

Philippe occupait une place importante dans la relation psychanalytique avec la Martinique.

Sa disparition laisse un grand vide non seulement parmi ses amis, ici à Grenoble, mais principalement dans l’environnement psychanalytique martiniquais avec lequel nous avions des relations constantes grâce à sa généreuse entremise.

Pour Sonia et Maria

Cher Philippe… qui nous avez quitté un peu trop tôt. On ne peut en dire plus tant nous sommes surpris en ce moment où votre beau sourire va manquer. Il est précieux dans la vie comme dans l’analyse de noter cette alliance de bon aloi dans nos relations. En dépit de votre intelligence et de votre expérience vous n’avez pas pu conjurer le conflit et le drame qui vous envahissait et dont vos proches et votre psychanalyste devinaient sans parvenir de façon sûre à le nommer. Si bien que nous tous survivants sommes frappés en ce deuil par la honte de n’avoir pas su vous en délivrer.

Voilà plus de vingt ans que vous aviez à maintenir la présence de la psychanalyse en Martinique traversant presque seul tempête et parfois découragement. Voici plus de vingt ans que j’ai soutenu votre courageuse et patiente démarche en dépit de ceux qui ont préféré quitter votre barque courant sur une erre trop ingrate.

Vous saviez qu’il y a plus de choses entre ciel et terre que n’en peut rêver l’être humain et que là aussi y séjournait l’enjeu de la psychanalyse. Vous saviez également qu’il convenait de persister dans cette œuvre pour parvenir à fonder véritablement votre groupe qui s’ébauchait.

Mes amis et collègues Françoise et Christian Rey, Alexis Chiari, Marc Caumel de Sauvejunte ont participé à cette continuité et porté leur soutien à votre détermination. En revanche c’est vous, Philippe avec Maria Briand Monplaisir qui de cette situation en teniez le Réel. La difficulté en votre pays est que ce Réel est pluriel ou si l’on préfère le nommer plurivoque. Un pluriel qui dicte cette coloration (oui j’insiste) coloration si particulière de votre culture et que Monsieur Chamoiseau a su si précisément illustrer avec art et force. À savoir que ce Réel n’hérite pas du Un mais de la langue mieux nommée d’une mère et de la tradition qui en assurent le foyer véritable. Tout cela nous analyste l’avons appris par vous dans nos dialogues. Nous ne sommes pas seuls en deuil de votre amitié, c’est la psychanalyse en Martinique par-delà votre disparition.

À vous Sonia et Marie et à vos proches nous vous adressons nos plus vives condoléances.

Dr Jean-Paul Hiltenbrand