Clinique psychanalytique

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Communication de la journée du 12 décembre 2015 re-tours sur la névrose obsessionnelle

Vous allez certainement entendre « tu es » autrement que ce que je l’ai écrit.

Qu’est-ce donc que la prière ? Pourquoi l’être humain prie ? La prière c’est tendance !

« Prier pour la terre », « Pray for Paris », « Priez pour moi ! », « Je vous en prie ! »

En travaillant sur le livre de l’homme aux rats j’ai été frappée par les prières qu’il composait et dont il parlait avec Freud.

Qui peut nous dire quelque chose de la prière sinon les religions. Ainsi Thérèse de Lisieux, docteur de l’Église (manuscrit C, Histoire d’une âme) je cite :

« Un élan du cœur, un simple regard jeté vers le ciel, un cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la joie ».

Pour un croyant la prière est un réflexe, c’est naturel. Elle est instinctive dans les moments où la vie se fait trop difficile. Quand il fait face à un impossible le croyant prie. Les événements dramatiques récents confirment ce réflexe de prier et de se rassembler « PRAY FOR PARIS », la prière pour la terre du pape François diffusée dans le monde entier, mais nous entendons aussi : « arrêter de prier, pensez ! »

L’homme aux rats vient consulter Freud ; il se plaint d’obsessions depuis l’enfance, qui reviennent parfois après des périodes d’absences relativement longues, mais avec plus d’intensité depuis la mort de son père survenue neuf ans plus tôt et plus particulièrement depuis quatre ans. Il craint notamment qu’il arrive malheur à deux personnes qu’il aime : son père, décédé, et une dame qu’il aime et qui a rejeté son amour il y a dix ans.

Pour se défendre de ses obsessions il se composa des prières qui, peu à peu, arrivèrent à durer une heure et demie, parce que dans les formules simples s’insinuait quelque chose qui les transformait en leur contraire, par exemple : « que Dieu le protège », le malin lui soufflait immédiatement un « ne ». Il est fait référence au prophète Balaam du livre des Nombres. Un jour, lui vint alors l’idée de proférer des injures : il espérait que là aussi se glissera le « ne ». Il arrêta tout cela subitement au bout d’un an et demi et les remplaça par de brèves formules, composées de lettres et syllabes, initiales de diverses prières, il se composa Gigellsamen. Le but de ces formules était de les dire si rapidement que rien ne pourrait s’y glisser.

La prière : remède ou refuge ?

L’homme aux rats est très affecté, il est persuadé que c’est Satan le démon. Que faire ? La confession ou/et la prière. les IRS, IRSA et les benzodiazépines n’étaient pas encore sur le marché ! Je note au passage qu’il n’y a pas eu d’études en double aveugle versus litanies (de prières) ou techniques de méditation.

Les chrétiens, je suppose que l’homme aux rats est ou a été chrétien, demandent pardon à Dieu dans la prière du « je confesse à Dieu » et disent « oui j’ai vraiment péché en pensées en paroles par action et par omission ».

Au moins quelque chose de rassurant : les mauvaises pensées… Oui, elles peuvent survenir, elles ont été prévues par le Créateur ! « Pas de soucis » donc. La religion s’en occupe ! Si j’ose, assure le service post-mauvaises pensées !

Y a-t-il une fiche technique ou un mode opératoire spécifique pour prier ?

Qu’est ce qui se dit dans la prière ?

Quelque chose de l’ordre du refoulé viendrait-il se loger dans la prière humaine ? la prière émanant du sujet en porte vraisemblablement une empreinte. Ne prierait-on pas uniquement pour soi ? la prière est-elle un phénomène naturel ou surnaturel pour tenter de neutraliser une sorte de violence enfouie inconsciente qui vient là où ça pense et qui dérange ?

La prière de l’homme aux rats ?

Une heure et demie pendant un an et demi ! Plus qu’une mais pas deux.

Son but est d’arrêter ces pensées « ne pas faire… sinon un malheur arrivera à mes êtres chers ». Il s’agit cette fois de rendre l’argent à quelqu’un de son entourage dans la garnison où il est affecté afin de rembourser un lorgnon qu’il a commandé. Rendre ou ne pas rendre… sinon… la chose arrivera, en l’occurrence la torture, racontée par le capitaine « cruel », un commandant de la garnison où se trouve l’homme aux rats.

Les prières de l’homme aux rats sont-elles exaucées ?

Le remède semble pire que le mal ! Il y a comme des infiltrations parasites dans la muraille ou dans le mur de prières qu’il s’est construit pour se protéger.

L’évangéliste Matthieu fait dire à Jésus au chapitre 6 - 5 :

« Quand vous priez ne rabâchez pas comme les païens ; ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer… votre Père sait ce dont vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. Priez ainsi : notre Père qui est aux cieux, fais connaître à tous qui tu es, fais venir ton règne, fais se réaliser ta volonté… Donne-nous aujourd’hui le pain dont nous avons besoin… »

Y a donc quelqu’un qui sait ce dont on a besoin !

Un Dieu ? Un Père ? un Autre ?

La prière occupe une place importante dans les 3 religions monothéistes.

Les commandements divins sont retrouvés dans le judaïsme, dans l’islam, sous forme d’interdictions pour la majorité des commandements par exemple le « tu ne tueras point » ; « tu ne commettras pas d’adultère », le « tu » se trouve explicitement dans les 3 religions monothéistes désignant ainsi l’homme comme partenaire du divin dans une Loi avec des commandements.

Comment ne pas être interpellé par le vocabulaire religieux et le discours de l’homme aux rats lorsqu’il parle de ses obsessions ?

Je note au passage que les termes « commandement » ou « commandant », « tu… ne pas », « il faut que » apparaissent souvent dans l’histoire de l’homme aux rats.

Freud et les prières de l’homme aux rats

Freud, juif non pratiquant mais connaisseur des textes bibliques, a dû être interpellé par le soin que met l’homme aux rats à organiser ses prières pour guérir de ses pensées incontrôlables, pour lutter contre ses « démons » les « ne pas » « nicht » qui font irruption qui s’infiltrent dans les prières et qui arrivent comme des commandements, on pense aussi au serpent de la genèse !

« Dis-moi comment tu pries, je te dirais qui tu es (hais) »

Le génie de Freud, ses racines juives (il évoque Balaam), lui permettront de faire une lecture entre les lignes et entre les mots des paroles/prières de l’homme aux rats : il entend une haine refoulée envers ceux qui lui sont chers.

« Quand vous priez ne rabâchez pas »

L’homme n’aurait-il rien à demander ? Pas à Dieu puisqu’il connaît d’avance nos besoins !

Mais alors pourquoi ces prières spontanées ? D’où viennent-elles et que contiennent-elles ? Quelque chose de caché ? Quelque chose dont on ne saurait rien si… il n’y avait des symptômes !

Alors à qui d’autre les adresser ?

La religion, la prière, la névrose, la cure psychanalytique, la psychanalyse : un air de famille ? Quelqu’un a-t-il la bonne adresse ? Où la trouver ?

Et pour terminer accepter la mal-adresse !

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