Exposé fait à Milan, Casa della Cultura, le 2 mars 2013, dans le cadre du séminaire d’initiation à la clinique de Marisa Fiumano

...mon projet de vous parler de cette question fondamentale, celle de l'enjeu d'une cure analytique, cette conversion de la demande au désir, parce qu'une analyse c'est cela, permettre qu'à l'issue d'un parcours plus ou moins long, un sujet puisse désirer en tant qu'homme ou en tant que femme. Affirmer que la finalité d'une cure de dix, quinze ans c'est de permettre à un sujet de sortir de l'égarement et d'assumer son désir, voilà qui peut aujourd'hui sembler anachronique dans un monde ou le désir appartient au discours de la volonté, celui d'un sujet transparent à lui même.

pdfDe la demande au désir, l’enjeu d’une cure analytique

INITIATION À LA CLINIQUE PSYCHANALYTIQUE du jeudi 15 mars 2012

Sexe, sexualité, sexuation, c'est l'objet par excellence de la psychanalyse, avec lequel Freud a bâti sa théorie, et Lacan s'appuie sur ces fondations, pour l'enrichir du côté de la question féminine, ce dont je vais plus particulièrement parler. Cette question du sexuel (Ch. Melman la reprend souvent dans ses travaux) et la question féminine en particulier, implique certainement plus le sujet qui s'engage à parler, c'est de cette manière que je conçois mon travail. J'ai choisi un biais, un biais susceptible j'espère, de rendre compte de l'importance du sexuel dans la vie du sujet.

pdfSexe-Sexualite-Sexuation

Exposé le 27 novembre 2012 à Ste Tulle (04) dans le cadre de « l'initiation à la clinique psychanalytique »

La cure analytique est une expérience de parole, une ou plusieurs fois par semaine un sujet vient dire, parler à une personne dont il sait souvent peu de chose, si ce n'est qu'elle est en mesure d'accueillir cette parole. Il vient parler sans savoir si ce qu'il va dire va produire une parole, un acquiescement ou une autre forme de réponse qu'on appelle silence.

En quoi cette expérience-là diffère-t-elle d'un échange social, d'une confidence ou d'une confession ? En quoi l'introspection ne produirait-elle pas le même effet ? Parler soulage dit-on, et les psychologues employés dans les hôpitaux sont recrutés en partie pour cette raison. Mais si les premières rencontres avec un analyste témoignent de cet effet d'allégement de la parole, une analyse n'est-ce que cela ? En quoi le dispositif analytique et la place de l'analyste vont pouvoir produire autre chose ?

Si nos maîtres nous ont enseigné « que le médecin est avant tout le premier médicament du malade », les protocoles institués actuellement et recommandés par les Hautes Instances Médicales ne tueraient-ils pas dans l'œuf cette assertion et, par la même occasion, notre inventivité dans notre relation au patient transformé depuis peu en « usager » ? Si d'aucuns se gausseront de notre propos qui ferait alors référence au fameux « être du médecin » plutôt qu'à son « faire » et qui serait dans le domaine de l'analyse référé au « moi fort » du psychanalyste, que ceux-là se détrompent car pour nous cet « être » n'est que « désêtre » selon l'expression de Lacan, désir inconscient du sujet, causé par un objet perdu et animé par un fantasme. Malgré tout, cette relation médecin-malade sera privilégiée pour nous car n'est-ce pas en son sein qu'une inventivité est possible ?

À une journée de travail à Nantes, Charles Melman évoquait un passage du séminaire Les non-dupes errent qui n'avait pas été repris au moment de son étude et dans lequel Lacan évoque la différence des sexes dans le nœud borroméen.
Dans les leçons du 14 et 21 mai Lacan se demande ce qui pourrait faire surgir une différenciation dans le nœud borroméen puisque le Réel, le Symbolique et l'Imaginaire sont équivalents. Il répond avec l'orientation, que du seul fait de la manipulation du nœud il surgit une distinction qui est de l'ordre de l'orientation. Le nœud peut-être dextrogyre ou lévogyre, le passage de l'un à l'autre pouvant se faire par transformation.

Si l'on ne devait définir la technique psychanalytique qu'à partir d'une spécificité, une seule, c'est bien la règle fondamentale, « dire comme ça vient » ; incongruité au regard des conventions sociales produisant un mode de lien unique dont les effets sont au cœur même du processus analytique. L'association libre, c'est à la fois ce qui doit déterminer la position du patient, qui ne fait dans ce dispositif qu'entériner la vérité de son être, à savoir qu'il est possédé par les signifiants; mais aussi du coté de l'analyste puisque si la parole de l'analysant est libre c'est au prix de son silence à lui, ou du moins de sa disposition à ne pas privilégier ses propres coordonnés comme idéal, et que Lacan résumait par la formule « désir de l'analyste », autrement dit désir qu'il y ait de l'analyse, au dépend de son être donc. L'incongruité du dispositif  fait du divan un théâtre unique mais dont la structure qui s'en dégage ne vient révéler qu'une chose : la façon dont ce sujet là s'arrange avec les lois de la parole et du langage au regard de son sexe.

Initiation à la clinique 2011-2012 le 19 janvier 2012

Alors, comment rendre compte de l'inconscient ? La pratique de la psychanalyse nécessite de l'articuler à une théorie, comme toutes les pratiques, théorie qui est à formaliser pour pouvoir la transmettre. Freud pose d'emblée le problème en ces termes : « La psychanalyse ne se transmet pas, elle se réinvente ». Au-delà de cette formule que beaucoup connaissent, qui a été très souvent reprise, qui a même été serinée, disons qu'il y a non seulement la nécessité de la réinventer, mais de la réinventer à chaque fois, car bien sûr chaque cas est singulier. Freud dit aussi que ce dont il apprenait le plus était d'une analyse qui avait été menée à son terme. À la fin de son parcours, Lacan lance à l'Université de Vincennes : « Comment faire pour enseigner ce qui ne s'enseigne pas ? » Voilà ce dans quoi Freud a cheminé. Lacan a pris le parti de s'appuyer sur une écriture d'aspect, d'aspect, algébrique, qui puisse contribuer précisément à formaliser la théorie analytique. C'est la fonction des mathèmes. J'insiste sur fonction des mathèmes.

Si j'avais une plaidoirie à prononcer pour que l'on confie en France les enfants souffrants d'Autisme ou de Troubles Envahissants du Développement, aux soins mis en place par le secteur public de Psychiatrie Infanto-Juvénile, je dirais les choses suivantes.
Je demanderai d'abord : qu'est-ce qu'un enfant, quel est son statut ?
Et je dirai qu'il vient au monde comme témoin que la rencontre entre un homme et une femme a été bénie.

Jacques Lacan, quant à lui, radicalise la fonction du deuil de la petite enfance, du fait de notre condition d'être parlant, en tant qu'il définit l'objet cause du désir comme perdu à tout jamais, laissant une place vide qui est nécessaire à la constitution de toutes les relations d'objet et donnant lieu à toute position subjective. Tout objet, ensuite, ne pourra être que métonymie de celui qui manque et qui fait advenir le sujet et son désir.

Nous pouvons déjà avancer, à partir de ces quelques points de repère que le deuil se décline sous trois registres : Symbolique, Imaginaire et Réel. Le registre symbolique du deuil serait le processus psychique par lequel une personne parvient à se détacher des liens l'attachant à l'objet perdu ; cette opération rétablit la présence sur fond d'absence. Le registre imaginaire pourrait être constitué par les signes extérieurs de deuil, ainsi que toutes les représentations qui émergent au sujet de l'être cher perdu, représentations qui semblent être l'effet d'une idéalisation. Quant au registre réel, il s'agit de l'absence même de l'objet, sa mort, plus encore quand elle est survenue d'une manière brutale, accidentelle ou injuste.

pdfLe deuil au fèminin

Exposé à Milan le 3 décembre 2011 au laboratorio Freudiano lors du séminaire de Marisa Fiumano

Ma première rencontre avec le nœud Borroméen je l'ai faite durant mon premier stage en psychiatrie, lorsque j'étais étudiant en psychologie, un psychiatre avait toujours un nœud Borroméen dans sa poche et à la façon de Lacan, il jouait avec durant les réunions, évidement, cette référence au maître avait des effets dans les pratiques de cette institution avec les psychotiques, je vous en reparlerai.

pdfnœud borromeen

Intervention de Jean Paul HILTENBRAND lors de la Journée de travail sur le séminaire L’angoisse A.L.I Rhône Alpes le 19 Fév. 2011

Le cartel se définit par une élaboration soutenue en petit groupe réunissant un certain nombre de personnes, entre trois et cinq plus une. Cette petite association a pour premier but d'abord d'être limitée et le second but est celui où Lacan considère que c'est s'engager dans les voies les plus propices à maintenir la praxis dans son originalité. Déjà vous voyez, en 71, il s'agissait de marquer un peu les choses du côté de l'analyse et que ce ne soit pas n'importe quoi. Et le troisième point défini par lui est la critique assidue des compromissions et déviations qui amortissent le progrès de l'analyse. L'accent est porté là à ce qu'il doit être tout à fait volontairement organisé sur le fait que ce n'est pas seulement la lecture d'un texte mais qu'il s'agit aussi d'élever un texte à une dimension telle qu'il permette d'en dégager les voies les plus propices dans un esprit de critique assidue. Cela ne veut pas dire qu'on va tout détruire mais que l'on ne va pas non plus tout accepter les yeux fermés. L'accent de cette organisation, et il est tout à fait important que je l'écrive au tableau, c'est ceci : un nombre défini N + 1( ?). Ce plus un, je vais le mettre sous la forme d'une interrogation. Nous verrons comment la chose est à interroger.

Une jeune patiente, une jeune fille avait une perle sur la langue.
Elle avait du mal à parler.
Je lui dis : Pourtant vous avez une perle sur la langue ?

Nous héritons de plusieurs ouvrages de Freud consacrés au rêve et aussi de plusieurs commentaires sur la manière de déchiffrer le rêve et nous avons aussi plusieurs commentaires de Lacan sur certains rêves cités par Freud. Leur intérêt est de dénoter la fonction inconsciente et de révéler la structuration et les règles de formation du symptôme. C'est pour cette raison que Freud avait désigné, tout à fait au début de son travail, le rêve comme la voie royale d'accès à l'inconscient. Il reste que le cauchemar est en général peu examiné.

Si la violence subit la dénégation freudienne chez la plupart des névrosés, peut-on dire qu'elle est désavouée dans notre monde postmoderne ? Les guerres de « grand-papa » ayant disparu de notre horizon occidental, nous la retrouvons masquée dans la guerre économique. N'est-ce pas cette « bonne fonction paternelle » à raviver qui peut apaiser notre agressivité moïque dans un colloque singulier avec notre patient ?

Je souhaite aborder quelques modes actuels de cette jouissance au-delà dont parle Lacan dans le séminaire Encore : « Des hommes qui sont aussi bien des femmes [...] éprouvent l'idée que quelque part, il pourrait y avoir une jouissance qui soit au-delà » à partir de ce que la clinique actuelle nous enseigne.

Le film de Bruno Dumont intitulé Hadewijch transporte l'histoire d'une mystique du XIIIe siècle, Hadewijch d'Anvers, à l'époque actuelle. Hadewijch d'Anvers, poétesse flamande de la première moitié du XIIIe siècle, faisait partie de ces communautés mi-religieuses, mi-laïques que l'on désigne habituellement du terme de béguinages et qui fleurissaient dès la fin du XIIe siècle dans le Nord de l'Europe. Ces communautés de femmes pieuses, souvent issues de la bourgeoisie mettaient au service des pauvres et des nécessiteux des maisons d'accueil. Il s'agissait d'une démarche spirituelle tournée vers le social. 

le 11 décembre. 2010 à Ste Tulle (Alpes de Haute Provence)

C'est cela qu'il y a peut-être à maintenir ou à soutenir : la dimension symbolique de ce moi, initialement purement imaginaire, commence déjà au miroir par le fait que l'enfant dans son reflet attend l'approbation de l'Autre, cette Autre qui est constitué comme Autre du langage et qui n'est pas simplement un autre imaginaire. Cet Autre est constitué lui aussi dans le champ de la parole. Comment pouvez-vous imaginer que naturellement l'enfant attribue une fonction d'autorité à ses parents ? « Naturellement ! »... c'est absolument naturel. Cette fonction d'autorité bienveillante, il l'attribue parce que l'adulte est momentanément garant de la vérité du message, pas de toute la vérité du message mais d'une partie de vérité dans le message. Ce qui m'a fait dire quelque part que si certains de nos jeunes n'ont plus le sens de l'autorité, cela veut simplement dire que les adultes auxquels ils ont affaire ont détruit le sens de l'autorité naturelle chez eux, cette référence à l'autorité naturelle. Je vous assure que lorsqu'on a un enfant en analyse, il n'y a aucun souci à se faire, il est extrêmement respectueux et en plus de cela, à la différence des adultes, il vous écoute lorsque vous dites quelque chose ! Ça vous fait rire ! C'est quelque chose d'extrêmement frappant, il suffit d'avoir un peu de respect pour l'enfant et de prendre en considération son propos pour qu'automatiquement il vous attribue une autorité.

Dans la trajectoire d'un enfant, nous pouvons repérer plusieurs moments qui viennent faire acte : la naissance, le sevrage, la position debout, la propreté, le fait de se mettre à parler. On peut dire que ces franchissements lui sont imposés, on ne lui demande pas trop son avis, ils lui viennent d'un impératif biologique, et également de la demande de l'Autre, en tant qu'autre représentant de l'autorité pour lui. Je pointe au passage que ces franchissements engagent également ceux qui sont autour de l'enfant ; il en va de leur responsabilité de le solliciter de sorte que ces franchissements fassent acte pour lui. Il y a d'autres moments où la responsabilité de l'enfant apparaît plus clairement engagée : le moment où il renonce à la sucette, ou au doudou, le fait de se mettre à lire, l'obtention d'un diplôme, le mariage, etc.

Freud, dès son temps, a posé, avec une simple phrase, la base essentielle de cette ‘‘nouvelle'' manifestation de nos adolescents. Certains l'érigent en nouvelle pathologie. Alors que si nous partons de l'enseignement de notre maître à penser, sans oublier les outils que d'autres nous ont laissés à sa suite, nous pouvons tout à fait nous repérer dans la clinique de l'addiction aux jeux vidéos.

Conférence de Charles Melman à Grenoble, le 24 avril 2009

Cet ouvrage est beaucoup plus la retranscription d'un certain nombre de propos tenus dans des auditoires et en particulier des auditoires de psychanalystes, qu'un livre à proprement parler, c'est-à-dire un écrit. C'est très différent. C'est très différent, je dirais, de proposer ce qui est systématiquement une adresse, orientée par le souci du public, de l'auditoire qui est là présent, et qui, du coup, implique la dimension du dialogue. Un écrit, c'est essentiellement différent puisque vous ne savez jamais quel en sera le lecteur, je veux dire à qui il est adressé, pour qui il est fait, c'est un peu comme une bouteille à la mer. D'autre part la question de l'auteur de l'écrit, alors que celui qui s'est astreint à ce travail sait combien cette écriture lui a été imposée, comment elle est venue sous sa plume de façon, je dirais quasiment forcée, eh bien l'auteur de l'écrit est une question qui est reprise et qui reste ouverte.

Séminaire d'été, Paris, du 26 au 29 août 2009

Nous avons traversé en quelques décennies une période au cours de laquelle les positions et les rapports homme-femme ont été profondément remaniés. Il semble en effet que l'évolution des mœurs et l'accompagnement jurisprudentiel, pavé de bons sentiments, qui l'a accompagné jusqu'à ne plus faire, dans certains pays occidentaux, aucune distinction de sexe en ce qui concerne la conjugalité ou la parenté, tend à donner un statut tout phallique à tous ceux qui le souhaitent. Quels embarras cette nouvelle donne peut-elle causer aux hommes pour se tenir à une place qui a été largement contestée, décriée, en même temps qu'elle reste convoitée ?

Freud en 1926 dans Ma vie et La Psychanalyse écrit que : « La Névrose Infantile est à considérer non comme l'exception mais comme la règle (...) et dans la plupart des cas - ajoute-t-il - cette crise névrotique de l'enfant semble se dissiper spontanément. »
Très souvent en effet nous pouvons être témoins de ce temps chez l'enfant où apparaissent des symptômes, des peurs... C'est le temps de cette première organisation sexuelle et par là même de la confrontation de l'enfant au manque, à la castration. Cette confrontation au manque n'est rien d'autre que la rencontre avec le sexuel.

Milan 4 et 5 octobre 2008

En introduction à cette vignette clinique, je souhaite tout d'abord souligner à quel point les propos de cette jeune fille s'éclairent du contexte de la modernité occidentale, tout du moins celle qu'analyse Marcel Gauchet, sociologue, et qu'il définit comme « sortie du religieux ». Sortie du religieux que l'on pourrait à notre tour résumer avec :
- d'une part : « une sortie de l'organisation religieuse du monde » (sociale, politique, juridique...)
- d'autre part : « une individualisation du croire ».
Pour Marcel Gauchet le fait mis en exergue n'est pas la « mort de Dieu » mais plutôt ce nouveau contexte social, au sein duquel les croyances (ou leurs tentatives) deviennent des démarches autonomes, privées, personnelles. Il précise même que les fondamentalismes-intégrismes constituent des tentatives de réponses à cette « sortie du religieux ». Dans ses nombreux ouvrages dont La condition historique, il fait usage de l'Autre lacanien ; legs précieux que cet Autre et pour nous en général et pour lui dont les propositions vont me permettre de positionner mon propos.

Petit morceau d’histoire à propos de l’hôpital de Saint-Alban et de l’hôpital de Saint-Égrève, c’est-à-dire Grenoble pour ce dernier, en banlieue comme tous les hôpitaux psychiatriques. Celui d’où, récemment, un malade a fugué et commis un meurtre, un jeune homme y a perdu la vie de façon tragique.
Tragédie qui a incité notre président de la République à organiser dès le lendemain matin une réunion autour de lui à L’Élysée et à se rendre lui-même dans les murs d’un hôpital psychiatrique, à Anthony. Une première a-t-il dit. C’était il y a quelques mois, fin 2008.

Conférence de Chambéry Mars 2009

Mon propos ce soir, (...) c'est d'essayer de faire entendre que de se tenir exclusivement à droite dans ce tableau de la sexuation, est tout simplement une aberration que la clinique bat en brèche. Plus précisément, je vais essayer de vous démontrer que l'aboutissement partiel à droite du tableau logique va être constitué par un long travail d'appropriation, laquelle appropriation n'aboutit pas dans l'hystérie, masculine ou féminine d’ailleurs. L'hystérie n'y parvient guère, et « guère » vous pouvez l’équivoquer… ! Parce qu'ils ou elles sont fixés sur la fonction du sujet, sujet pour une femme et/ou fonction phallique plus particulièrement chez l'homme. Ce que nous connaissons sous le terme de "mascarade" après l'article de Joan Rivière, tient tout entier dans ces deux lignes de défense, défense élevée par le sujet, défense élevée par la fonction phallique. Voilà deux formes symptomatiques que la cure n'a évidemment pas à combattre mais à amener ce sujet à parvenir à s'approprier d'une certaine façon.

« le refoulement aujourd'hui », puisque c'est le titre des journées, est-ce que cela veut évoquer quelque chose qui demeure dans les dessous, et donc quelque chose qui demanderait une interprétation, ou bien faut-il entendre ce qu'il en aura été par après coup ? La question est du côté du temps. Mais du côté de l'espace, le terme même d'« aujourd'hui » peut aussi bien désigner un espace infini, qu'un espace délimité par l'existence d'une lettre en souffrance, avec son corollaire, la non-effectuation du refoulement, en tant que l'on désignerait par là une jouissance en trop, et je dirais une jouissance incestueuse.
On entend alors dans cette perspective, que le refoulement par après-coup, c'est-à-dire le véritable refoulement, ne serait possible, qu'à la condition de la reconnaissance d'une séquence, d'une lettre en souffrance.

Sachant que le refoulement est censé porter sur le signifiant et non sur l'affect, quand le signifiant est retrouvé et que Freud nous dit que néanmoins le refoulement n'est pas levé pour autant, la seule façon de l'entendre est que ce signifiant ne représente toujours pas le sujet dans sa parole.
Qu'est-ce qui fait qu'un signifiant représente un sujet pour un autre signifiant ? On sait que c'est au prix d'une perte de sens, d'où ce problème pour nos concepts. C'est la question qu'on se posait : faut-il les préciser au risque qu'ils ne nous représentent plus comme sujet, ou les laisser dans la commode ou incommode équivoque des signifiants qu'ils sont aussi ?

EPEP Séminaire : Comment parler de la structure chez l'enfant ? Séance du 7 février 2009

Les théories sexuelles infantiles sont une des manières d'aborder la question de la structure chez l'enfant. C'est une manière de rendre compte de ce qui se pense chez l'enfant autour du manque et du désir ; une manière partielle et partiale qui, même si elle sera par la suite confrontée à un savoir sur le sexe de nature savante, perdurera dans ses liens avec le fantasme, et aussi, dans un autre registre, avec celui de la pensée et de l'intelligence.
Les théories sexuelles infantiles font partie des coordonnées du manque, et Freud, dans son article sur les théories sexuelles infantiles, en fait un mode d'abord de la castration. Quand je dis qu'elles sont une manière partielle d'aborder la question du manque et du désir, c'est aussi parce qu'elles sont une tentative de réponse à ce qui se passe entre un homme et une femme, qui ne prend pas en compte la dimension symbolique du phallus.

Si l'évolution de la morale sexuelle civilisée a accompli sa mue, bien au-delà du vœu de Freud, jusqu'à son apparente dissolution dans le marché commun des jouissances partielles, dévaluant par là même le primat accordé à la jouissance phallique, la question se pose de savoir comment le ratage propre à ce qui s'énonce sous le terme de sexuel continue d'ordonner ce lien social si spécifique, le lien homme-femme, et selon quelles modalités le discord qui résulte de l'imparité de leurs jouissances s'en trouve déplacé.
C'est à partir de la lecture du livre de Michel Chaillou, Virginité, que je me propose d'introduire la question de la place d'une femme au regard du refoulement, ayant pu entre les lignes de ce livre, écrit à partir du journal d'une jeune fille de la fin du XIXe siècle, née dans le brouillard de la Vendée, rencontrer les éléments clés, autant ceux pris dans le champ du langage (les arrangements des phrases, la force des mots), que ceux articulés au travers des places qu'occupent les personnages environnant son existence. Ce sont ces repérages qui vont pouvoir, il me semble, rendre compte de la nature du sol, si je puis le dire ainsi, sur lequel prend naissance une place côté femme ou alors encore plus justement, sur lequel émerge le désir sexué de cette jeune fille au lieu de l'Autre.

La question que je vais essayer de développer ici m'est venue lors d'une séance du Cercle de Recherche sur l'Autisme auquel je participe, cercle de recherche sous la direction de Marie-Christine Laznik à qui je dois, comme à Charles Melman, tout mon questionnement et ma vigilance concernant le travail avec les enfants autistes ou psychotiques. Je leur adresse cette réflexion, ainsi qu'à Marcel Czermak dont les travaux sur la psychose m'ont beaucoup inspirée dans ce que  ce que je vais tenter d'aborder aujourd'hui.

Le refoulement originaire ce n'est pas vraiment une part refoulée dans la subjectivité mais c'est la part qui a manqué ou qui manque toujours dans le discours de l'Autre et qui a eu pour résultat la production d'un enfant, autrement dit le sujet. Le sujet émerge de cette part dans le discours de l'Autre qui a été manquante, refoulée, tout ce que vous voulez. C'est un dispositif qui, dans notre doctrine, notre conceptualisation, peut être intéressant dans la mesure où il nous rappelle, à chacun de nous, que nous sommes issus d'un manque, ou de quelque chose de refoulé dans le discours de l'Autre.

Je me propose de partir du séminaire de Lacan Les Écrits techniques de Freud : c'est en effet dans ce séminaire, centré sur la question de l'imaginaire, que Lacan aborde le texte de la Verneinung de Freud . Il invite Jean Hyppolite à intervenir, et lui répond par ses propres commentaires, qu'il reprendra dans les Écrits, avec quelques exemples cliniques : "l'oubli de Signorelli", l'hallucination du doigt coupé chez l'homme aux loups, et le fameux patient de Kris amateur de cervelles fraîches, cas sur lequel je reviendrai.

Pour Freud, il y a un refoulement d'origine, c'est une nécessité car il faut un lieu pour recevoir les signifiants des pulsions qui sont refoulés. Un lieu qui n'est donc pas vide puisque va s'y trouver le refoulement originaire. À ce propos, nous verrons comment Lacan reprend cette question du lieu qui reçoit des signifiants comme étant le Réel. Ce que le sujet est appelé à refouler originairement est d'ordre sexuel. Freud en rend compte cliniquement par la scène primitive qui est reconstruite mais jamais remémorée. Dire qu'il y a un refoulement originaire c'est dire qu'il y a de l'inconscient qui est irréductible, qu'il est au départ et qu'il est d'ordre sexuel.

Qu'est-ce qui spécifie la psychanalyse à sa naissance ? Effaçant l'antinomie classique entre pratique et théorie, elle s'est d'abord fondée sur une clinique, à entendre, qui a très vite dégagé un certain nombre de fondamentaux, dont le refoulement qui d'emblée apparaissait pour Freud, telle la clef de voûte absolument universelle de sa découverte. Pourquoi ? Puisque très prosaïquement, si certains éléments sont supposés faire l'objet d'une mise à l'écart, il s'agit d'articuler conjointement un lieu de recel pour ce qui sera mis de côté. C'est dire combien dès le début de l'analyse, le refoulement a été appréhendé comme une donné connexe à celle de l'inconscient, l'un n'allant pas sans l'autre. D'où, remarque incidente qui se doit de rester présente dans nos débats, proclamer un peu trop vite la généralisation de la disparition du refoulement aujourd'hui, c'est tout simplement scier la branche même sur laquelle la psychanalyse repose depuis son origine. Nous devons en avoir connaissance afin de souligner tout le poids et le sérieux qu'impliquent ces questions hautement explosives qui nous préoccupent.

...Le refoulement fait partie du fonctionnement normal de l'appareil psychique. Il ne s'agit pas uniquement de la politique de l'autruche, mettre de côté ce qui me semble déplaisant, c'est le jeu de la langue, la substitution d'un signifiant (qui se trouve refoulé) par un autre signifiant qui permet de lier l'excitation pulsionnelle par le travail de la métaphore. C'est cette liaison ou plutôt cette déliaison qui me semble faire problème aujourd'hui. Aussi, si nous prenons le concept de névrose traumatique de façon extensive au sens de la déliaison de l'excitation pulsionnelle dont Freud parle dans l'Au-delà du principe de plaisir, nous pouvons en tirer des conséquences nouvelles. La pulsion n'est plus dans ce cas liée au phallus, au manque symbolique, elle n'est plus refoulée sous le coup du phallus symbolique et se manifeste librement.

...si l’hystérie demeure notre compagne privilégiée, même si son nom est rayé des nouvelles tablettes cliniques et sa symptomatologie diffractée, il semble que les manifestations phobiques et la névrose phobique soient en nombre croissant dans la demande de nos patients. Qu’est-ce que nous pourrions en dire dans la perspective de ces journées concernant le refoulement ?

Introduction aux journées d’étude de Chambéry des 20 et 21 septembre 2008

Nous allons donc consacrer ces journées d’étude au refoulement aujourd’hui. Comme vous avez sous les yeux la liste des différentes interventions, vous aurez remarqué qu’à deux reprises, il est question du… paradis. Alors, dans quelles délices, c’est-à-dire tout aussi bien dans quelles affres nous a plongé cette question dès lors que nous avons décidé de la mettre au travail, voilà ce que je me propose de vous présenter très rapidement en guise d’introduction.

Je voudrais essayer de rendre compte des questions que me posent la clinique des femmes au regard d’un discours, celui qui s’est mis en place depuis le XVIIIe siècle maintenant, discours qui met l’égalité en point de mire, en idéal de transformation de la vie sociale et plus précisément le discours à propos des femmes. Il y a là un refoulement imposé par ce signifiant qui fait office d’idéal. Avoir les mêmes droits, être de conditions égales : voilà ce qui est recherché comme venant corriger ce qui avait prévalu jusque-là.

Pourquoi refoulons-nous ? Nous refoulons pour nous éviter des surcroits d'excitations pulsionnelles qui viendraient perturber le bon fonctionnement de notre corps. Mais si nous en croyons Freud, l'efficacité de ce mécanisme pour nous éviter ce type de désagréments est toute relative puisque nous refoulons le représentant de la représentation de la pulsion, alors que les quantités d'énergie pulsionnelle afférentes ne vont pas être refoulées, mais détachées de la représentation et éventuellement transformées en sentiments contraires, voire même en angoisse.

Texte présenté au Centre Hospitalier de Saint-Egrève, le 5 décembre 2008 au cours d'une journée d'étude organisée par la PPPIJ intitulée « Les couleurs du temps »

Pour cette journée dont le thème est centré autour des couleurs du temps, je vais chercher à définir quelles sont les modalités nécessaires qui vont permettre à un sujet d'entrer dans une temporalité et une histoire. C'est la raison de mon titre : naissance du sujet.
Pour que cette naissance ait lieu, c'est-à-dire pour qu'un être humain devienne sujet de sa parole, il faut un certain nombre d'opérations qui nouent l'organisme du bébé à sa parole encore à venir, et qui auront un effet de temporalité : c'est cela que je nomme grammaire et conjugaison.
Que se passe-t-il de la naissance biologique jusqu'à la naissance du sujet, jusqu'au moment où un enfant devient acteur de sa parole ?

Texte présenté au groupe de travail sur les troubles d’apprentissage

J'ai intitulé mon exposé La disparition du corps dans l'enseignement. La question peut être entendue dans tous les sens, c'est-à-dire la disparition du corps dans les apprentissages, du côté de l'élève, disparition du corps de l'enseignant, ou même disparition de ce qu'on appelait le corps enseignant.

" C'est dans le silence que Dieu parle " a dit Mère Térésa ; Jacques Lacan lui, en tant qu'analyste, et donc d'une position laïque, nous propose cette affirmation : " La voix résonne dans un vide, qui est le vide de l'Autre comme tel " (1).

Quand j'ai demandé le titre de son intervention à Charles Melman, il m'a d'abord répondu en me demandant quel était le mien. Je lui ai dit que j'introduisais les journées, que cela serait mon titre mais j'aurais pu proposer "Une féminité transmise par les femmes" et dans la perspective de tenter de rendre compte de l'augmentation de fréquence de cette clinique chez les femmes, c'est-à-dire que des femmes qui n'étaient pas concernées auparavant le sont actuellement, que ce ne sont plus seulement les jeunes filles qui le sont avec notamment la forme classique de l'anorexie de la jeune fille. Aujourd'hui, les hommes le sont aussi, sans que cela ne soit forcément du registre de la psychose, comme cela était souvent le cas auparavant. Quand il y avait une anorexie chez un jeune homme, il fallait tout de suite penser à la question de la psychose, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.

Journées de Grignan sur le désir d’écrire, juin 2006

Notre amie et collègue Josée Lapeyrère est décédée le 28 décembre 2007. Elle était psychiatre, psychanalyste membre de L'Association Lacanienne Internationale et poète. Engagée dans la pratique poétique et dans la pratique de la psychanalyse, elle avait trouvé dans la topologie lacanienne la rigueur et l'appui qui lui permettaient de rendre compte de l'acte poétique et psychanalytique.

Voici un texte qu'elle avait prononcé en juin 2006 aux journées de Grignan sur le désir d'écrire, qui traite avec bonheur du transfert et du refoulement.

Janin Duc D.

Journées d’études de l’ALI à Nancy Où en est-on avec le transfert ? les 25 et 26 septembre 2004

Je partirai de ce point, en forme de question : en quoi consiste une cure ? Je dirai qu’il s’agit de quelqu’un qui se met en disposition d’apprendre la langue de l’Autre. Il se met en disposition d’apprendre la langue de l’Autre, du grand Autre bien sûr, parce qu’il souffre dans la langue qui est la sienne et que ce changement de langue peut se définir comme étant l’amour tel qu’on le conçoit à partir de l’expérience analytique.
Je vais donc parler de ce qui me paraît essentiel sur le plan structural dans le sens où il nous faut tenter de repérer à partir de quoi, sur quels faits repose cette dimension symbolique dont je souhaitais parler comme l’indique mon titre. L’autre question est de savoir ce que nous amène le repérage de cette dimension symbolique ?

Essai d’approche de ce qui s’articule autour d’un enfant psychotique en institution, par le biais de la formalisation proposée par Lacan dans La lettre volée

Autour de l'enfant psychotique, dans une institution, un certain nombre de scénarios se jouent, inlassablement. Longtemps je m'étais interrogée sur leur nature, j'avais essayé d'en saisir les rapports structuraux. Ces questions qui m'agitaient avaient surgi, quand, jeune analyste, j'avais été travailler dans un petit service de pédo-psychiatrie qui venait d'ouvrir et avait pour vocation de s'occuper de jeunes autistes, ou de psychoses infantiles graves.

Pour Freud le malaise dans la civilisation est lié aux embarras et aux échecs de toute réalisation sexuelle et Lacan y situera ce qui pour lui constitue l'impossible qu'il énonce d'une formule : il n'y a pas de rapport sexuel. Dans ce champ des rapports entre les hommes et les femmes il n'y a pas d'harmonie puisque ce n'est qu'au titre du signifiant, c'est-à-dire du semblant, que l'on peut se dire homme ou se dire femme.

Si le droit s'appuyait classiquement sur l'adage  « mater certa, pater incertus », à partir de 1972 le critère de filiation présumée par le père aura perdu pour nous son caractère légal. Au sujet de ce dernier, Freud citait Lichtenberg dans une note de «  L'homme aux rats » : « L'astronome sait à peu près avec la même certitude si la lune est habitée et qui est son père, mais il sait avec une toute autre certitude qui est sa mère », et Freud ajoute que ce fut un grand progrès de la civilisation lorsque l'humanité se décida à adopter, à côté du témoignage des sens, celui de la conclusion logique, - passant du même coup du matriarcat au patriarcat. Conservant aujourd'hui ces termes freudiens, certains constatent ainsi que nous assistons à une émergence du matriarcat.

Avant que vous puissiez lire l'appel que nous envoit l'association PREAUT, je me permets de venir ici vous expliciter d'où notre association est partie et à partir de quelle clinique elle s'est autorisée pour lancer cette recherche qui aujourd'hui rencontre des difficultés pour aboutir.
En 1998 est née L'association PRE-AUT  au domicile de Charles Melman.
Un des buts de cette Association était (est) de travailler dans le sens de la prévention à partir de signes  précurseurs du  syndrome autistique chez les bébés .
Une des personnes les plus engagées dans ce projet n'est autre que Charles Melman lui même avec, comme  instigatrice, Marie- Christine Laznik.

La rencontre d'un psychanalyste avec des couples, des femmes et des hommes ayant recours à une demande d'aide médicale à la procréation, lorsqu'ils sont adressés par une équipe de PMA (procréation médicalement assistée) se fait sous des auspices particulières : la demande de rencontrer un psychanalyste ne vient pas forcément d'eux ; elle peut aussi venir du médecin qui les reçoit, ce qui amorcera le travail de différentes manières : soit les personnes sont déjà engagées dans un questionnement et un transfert à leur médecin, qui soutient cette démarche ; soit elles viennent parce qu'on leur a dit, et la parole risque d'avoir du mal à se dérouler.

Nous nous trouvons dans un contexte social où la loi consumériste fonctionne semble-t-il à plein rendement, les objets de consommation offerts à notre jouissance et produits par le « discours technoscientifique » sont de plus en plus nombreux et viennent métonymiquement se substituer à cet objet perdu, condition de notre subjectivité, d'une manière qui apparaît de plus en plus accélérée au point où nous avons l'impression d'en perdre la tête!