Le refoulement originaire ce n'est pas vraiment une part refoulée dans la subjectivité mais c'est la part qui a manqué ou qui manque toujours dans le discours de l'Autre et qui a eu pour résultat la production d'un enfant, autrement dit le sujet. Le sujet émerge de cette part dans le discours de l'Autre qui a été manquante, refoulée, tout ce que vous voulez. C'est un dispositif qui, dans notre doctrine, notre conceptualisation, peut être intéressant dans la mesure où il nous rappelle, à chacun de nous, que nous sommes issus d'un manque, ou de quelque chose de refoulé dans le discours de l'Autre.

La question que je vais essayer de développer ici m'est venue lors d'une séance du Cercle de Recherche sur l'Autisme auquel je participe, cercle de recherche sous la direction de Marie-Christine Laznik à qui je dois, comme à Charles Melman, tout mon questionnement et ma vigilance concernant le travail avec les enfants autistes ou psychotiques. Je leur adresse cette réflexion, ainsi qu'à Marcel Czermak dont les travaux sur la psychose m'ont beaucoup inspirée dans ce que  ce que je vais tenter d'aborder aujourd'hui.

C'est à partir de la lecture du livre de Michel Chaillou, Virginité, que je me propose d'introduire la question de la place d'une femme au regard du refoulement, ayant pu entre les lignes de ce livre, écrit à partir du journal d'une jeune fille de la fin du XIXe siècle, née dans le brouillard de la Vendée, rencontrer les éléments clés, autant ceux pris dans le champ du langage (les arrangements des phrases, la force des mots), que ceux articulés au travers des places qu'occupent les personnages environnant son existence. Ce sont ces repérages qui vont pouvoir, il me semble, rendre compte de la nature du sol, si je puis le dire ainsi, sur lequel prend naissance une place côté femme ou alors encore plus justement, sur lequel émerge le désir sexué de cette jeune fille au lieu de l'Autre.
Si l'évolution de la morale sexuelle civilisée a accompli sa mue, bien au-delà du vœu de Freud, jusqu'à son apparente dissolution dans le marché commun des jouissances partielles, dévaluant par là même le primat accordé à la jouissance phallique, la question se pose de savoir comment le ratage propre à ce qui s'énonce sous le terme de sexuel continue d'ordonner ce lien social si spécifique, le lien homme-femme, et selon quelles modalités le discord qui résulte de l'imparité de leurs jouissances s'en trouve déplacé.

Pourquoi refoulons-nous ? Nous refoulons pour nous éviter des surcroits d'excitations pulsionnelles qui viendraient perturber le bon fonctionnement de notre corps. Mais si nous en croyons Freud, l'efficacité de ce mécanisme pour nous éviter ce type de désagréments est toute relative puisque nous refoulons le représentant de la représentation de la pulsion, alors que les quantités d'énergie pulsionnelle afférentes ne vont pas être refoulées, mais détachées de la représentation et éventuellement transformées en sentiments contraires, voire même en angoisse.