...si l’hystérie demeure notre compagne privilégiée, même si son nom est rayé des nouvelles tablettes cliniques et sa symptomatologie diffractée, il semble que les manifestations phobiques et la névrose phobique soient en nombre croissant dans la demande de nos patients. Qu’est-ce que nous pourrions en dire dans la perspective de ces journées concernant le refoulement ?

...Le refoulement fait partie du fonctionnement normal de l'appareil psychique. Il ne s'agit pas uniquement de la politique de l'autruche, mettre de côté ce qui me semble déplaisant, c'est le jeu de la langue, la substitution d'un signifiant (qui se trouve refoulé) par un autre signifiant qui permet de lier l'excitation pulsionnelle par le travail de la métaphore. C'est cette liaison ou plutôt cette déliaison qui me semble faire problème aujourd'hui. Aussi, si nous prenons le concept de névrose traumatique de façon extensive au sens de la déliaison de l'excitation pulsionnelle dont Freud parle dans l'Au-delà du principe de plaisir, nous pouvons en tirer des conséquences nouvelles. La pulsion n'est plus dans ce cas liée au phallus, au manque symbolique, elle n'est plus refoulée sous le coup du phallus symbolique et se manifeste librement.

Qu'est-ce qui spécifie la psychanalyse à sa naissance ? Effaçant l'antinomie classique entre pratique et théorie, elle s'est d'abord fondée sur une clinique, à entendre, qui a très vite dégagé un certain nombre de fondamentaux, dont le refoulement qui d'emblée apparaissait pour Freud, telle la clef de voûte absolument universelle de sa découverte. Pourquoi ? Puisque très prosaïquement, si certains éléments sont supposés faire l'objet d'une mise à l'écart, il s'agit d'articuler conjointement un lieu de recel pour ce qui sera mis de côté. C'est dire combien dès le début de l'analyse, le refoulement a été appréhendé comme une donné connexe à celle de l'inconscient, l'un n'allant pas sans l'autre. D'où, remarque incidente qui se doit de rester présente dans nos débats, proclamer un peu trop vite la généralisation de la disparition du refoulement aujourd'hui, c'est tout simplement scier la branche même sur laquelle la psychanalyse repose depuis son origine. Nous devons en avoir connaissance afin de souligner tout le poids et le sérieux qu'impliquent ces questions hautement explosives qui nous préoccupent.

Pour Freud, il y a un refoulement d'origine, c'est une nécessité car il faut un lieu pour recevoir les signifiants des pulsions qui sont refoulés. Un lieu qui n'est donc pas vide puisque va s'y trouver le refoulement originaire. À ce propos, nous verrons comment Lacan reprend cette question du lieu qui reçoit des signifiants comme étant le Réel. Ce que le sujet est appelé à refouler originairement est d'ordre sexuel. Freud en rend compte cliniquement par la scène primitive qui est reconstruite mais jamais remémorée. Dire qu'il y a un refoulement originaire c'est dire qu'il y a de l'inconscient qui est irréductible, qu'il est au départ et qu'il est d'ordre sexuel.

Je me propose de partir du séminaire de Lacan Les Écrits techniques de Freud : c'est en effet dans ce séminaire, centré sur la question de l'imaginaire, que Lacan aborde le texte de la Verneinung de Freud . Il invite Jean Hyppolite à intervenir, et lui répond par ses propres commentaires, qu'il reprendra dans les Écrits, avec quelques exemples cliniques : "l'oubli de Signorelli", l'hallucination du doigt coupé chez l'homme aux loups, et le fameux patient de Kris amateur de cervelles fraîches, cas sur lequel je reviendrai.