Séminaire du 18 mai 2026

Texte préparatoire au colloque  d'octobre 2026 : Les uns sans les autres, quel avenir pour l'altérité ?

Parmi les nombreuses interrogations qui nous sont venues concernant les destins de l'altérité, je vais revenir ce soir sur l'une de nos préoccupations majeures relatives à ce que l'on peut appeler une polarisation des débats, des échanges, qui nous en avons fait de nombreuses fois le constat, deviennent difficiles, sinon impossibles tant dans les relations amoureuses, familiales, institutionnelles, qu’au niveau des politiques nationales et surtout internationales. Ce que nous avons pu déplorer plus d'une fois, ce sont ces prises de position où chacun, assuré d'être dans le camp du bien, vise beaucoup plus l'élimination de l'autre qu’à chercher un mode de cohabitation qui vient respecter les différences de chacun. Nous avons notamment évoqué le syndrome du mur mitoyen dans lequel l'autre devient un étranger, un ennemi porteur de la part qui échappe à son idéal dont le sujet ne veut pas assumer la responsabilité. Aussi loin que nous nous portions dans le passé, y compris dans la préhistoire dont nous pouvons connaître pas mal de choses, ce mode de rapport à l'autre accusateur et hostile a été une composante majeure qui constitue l'un des piliers majeurs de la conflictualité qui règne dans nos relations interhumaines, au point que d'une certaine façon nous en avons fait une composante de nos civilisations.

Pourtant, si chaque civilisation a tenté des inventions, notamment dans le domaine théologicopolitique, qui ont profondément modifié le rapport à l’autre, tant le petit autre, que le grand Autre, ce dont je vous ai donner un exemple dans mon précédent exposé avec l'invention du monothéisme qui est venu extraire la divinité de la réalité pour la faire passer dans le réel, ce qui est une position beaucoup plus exigeante que la précédente, qui, tout en exigeant des sacrifices dans la réalité est peu regardante sur ce qui échappe à la réalisation de l'idéal, le refoulement y étant le moteur d'un je n'en veux rien savoir radical.

Force est de reconnaître que d’une part nombre de ces inventions se révèlent avec le temps bien limitées dans leurs effets, et que ce n'est pas en voulant imposer par la contrainte au plus grand nombre leurs règles que nous arrivons à des résultats plus heureux. C'est pourtant cette ligne autoritaire que nous voyons se développer sur les 4/5 de la planète, pendant que le dernier 5e de la planète, sous les effets majeurs de ces deux inventions que sont le monothéisme, puis la science, est en train de tomber en panne sous les effets du doute et de la culpabilité, pris en tenaille entre des discours hétérogènes difficilement compatibles. Comme nous le constatons tout particulièrement au moment de cette élection majeure qui est chez nous l'élection du chef de l'État, la question la plus facilement élidée est celle de nos politiques internationales, et par conséquent, celle de la valeur relative des civilisations. Ainsi, lors de chaque campagne, nous entendons chacun y aller de son diagnostic de ce qui ne va pas en interne, au niveau national, et bien sûr, désigner les fauteurs de troubles, et promettre toujours plus de liberté et de prospérité économique, tout en restant très discret sur ses sympathies à l'extérieur du pays et même du continent. C'est l'un des grands éléments du refoulement qui participe à la pensée magique qui régit notre vie politique, puisqu'il s'agit du refoulement d'une contradiction majeure entre ces promesses de liberté et de prospérité, et ces sympathies qui, et cela est particulièrement manifeste lorsque l'on regarde du côté des extrêmes, vont vers des régimes autoritaires, voir totalitaires tant dans leur fonctionnement économique, politique, que religieux.

Parmi ces contradictions majeures, il en est une qui me paraît devoir être réinterrogée par les psychanalystes même si cela reste un sujet hyper sensible, qui concerne le rapport à ce que l'on appelle le mâle blanc dominant. En effet, depuis la fin du XIXe siècle, époque qui ne nous est pas indifférente, puisqu’elle est celle de l’invention du complexe d’Œdipe par Freud, la puissance dudit mâle blanc s’est trouvée bien limitée, tant au niveau familial, où ceux qui sont maintenant, dans quelques pays, nommés parent un ou deux, c’est au choix, se trouvent contraints d’obéir aux règles de l’éducation positive, qu’au niveau institutionnel ou entrepreneurial où les pouvoirs de décision sont relégués derrière l’application des procédures et protocoles, et bien sûr au niveau politique où la multiplication des instances officielles et des agences dites indépendantes rendent les décisions difficiles quand ce n'est pas impossible. Exemple anecdotique, il faut respecter une dizaine de réglementations, qui relèvent d’administrations et d’agences d’expertise différentes, pour construire un abribus. Si l'on veut bien prendre en considération ces éléments, il est difficile de ne pas soutenir que le mâle blanc dominant a perdu de sa superbe en même temps que de sa puissance.

Du côté de la psychanalyse, je suivrai Charles Melman, qui en est venu à déplorer que Freud se soit tourné vers un mythe grec pour y dénicher un vœu de meurtre du père, alors que, dans le texte de référence que reste la Bible, il n’existe aucun vœu de mort à l'égard du père, qui reste une autorité qui, si elle limite la jouissance, en autorise aussi l'exercice selon certaines conditions, qui sont celles de mettre la sexualité au service de la reproduction.

Comme nous l'avons de maintes fois constaté, ce type de commandement est contesté de toutes parts tant par des revendications individuelles qui enjoignent que chacun puisse satisfaire un certain nombre de ses besoins, atteigne un certain confort corporel, que des revendications collectives qui bien souvent, mettent l'homme au même rang que les autres créatures naturelles. Le souci de la reproduction de l'espèce, et encore plus du lignage, devient facultatif, quand il n'est pas éliminé comme dans l'exemple précocissime du catharisme.

Quelle part peut prendre la psychanalyse dans ce débat aux enjeux vitaux ? Vous savez que Freud a dit que la psychanalyse n'a pas de Weltanschaung, de vision du monde, c'est à dire qu'elle n'a pas à imposer une réalité comme étant meilleure qu'une autre, mais comme le fait très bien remarquer Marc Morali dans un article consacré à la réponse que nous nous devons d'avoir concernant les attaques de la psychanalyse dans l'organisation des soins de l'autisme, ce n'est pas parce que nous n'avons pas de vision du monde que nous n'avons rien à dire. La question qu’il ouvre est celle de savoir sur quoi nous pouvons structurer notre réponse.

Pour ma part je vous propose de revenir sur les trois premières formes de négation que distingue Charles Melman dans son séminaire La linguisterie, les négations imaginaire, symbolique et réelle qui ne sont pas les seules négations qu’il distingue dans ce travail. Cette distinction des négations pourrait nous permettre de distinguer des civilisations entre elles, si nous voulons bien considérer qu’une civilisation se fonde sur une capacité à dire non, à refuser certaines expressions de la vie humaine.

La négation imaginaire est certainement celle qui nous est la plus familière, et qui peut nous paraître la plus éthique dans ses visées, puisqu’elle est la négation qui nous fait dire ce qui est bien est ce qui est mal. Comme nous pouvons le lire dans l'article de Freud La dénégation, cette négation est le résultat d’une projection imaginaire qui consiste à attribuer à l’autre tout ce qui est jugé comme mauvais pour le moi, en premier lieu l’agressivité, puis le sexe. Comme le précise Freud dans ce même article, il y a introjection de ce qui est bon à l'intérieur du moi. Dès cet article de Freud, nous pouvons saisir comment les nominations imaginaire et symbolique, et les négations afférentes, sont couplées dans ce que Lacan a repéré comme étant le stade du miroir, où l'identification à une image de l'autre se fait en passant par le recours à l'Autre symbolique qui vient permettre au petit d’homme une identification en tant que membre d'une communauté. Il n'y a pas là de distinction entre l'individuel et le collectif, puisque ce recours à l'Autre est déjà un passage obligé par un code commun à toute une communauté. Cela participe de l'aliénation première qui nous oblige à en passer par les phonèmes et par les mots de la communauté à laquelle nous participons. Les linguistes ont très tôt repéré comment des tentatives de désaliénation de la langue première, comme dans les glossolalies, n'échappent jamais à la codification des phonèmes entendus dans la prime enfance.

Ainsi, le moi idéal que Lacan écrit i(a), image de petit a, et l'idéal du moi, I(A) vont de concert, puisque i(a) ne peut être vécu comme acceptable, désirable dans la communauté, que par le concours de I(A) qui est l’introjection symbolique d’un trait, un trait unaire dit Freud, dont l’une des grandes questions est de savoir où l’enfant va le saisir, ce trait. Dans son séminaire sur le transfert, Lacan donne une indication qui me paraît extrêmement précieuse : il dit que l'enfant s'identifie à celui qui le frustre, celui qui lui refuse quelque chose. Vous entendez que nous retombons sur cette question du refus et donc de la négation.

C'est à ce niveau que nous avons à reconsidérer les négations. L'enfant, fort de ses identifications imaginaires et symboliques premières, va se lancer dans la demande, et ce qui ne manque pas de surprendre les parents, c'est que, dès que cette demande vient s'affirmer, elle en passe par une négation de l'enfant à l’égard de toute forme de demande des parents le concernant. - est-ce que tu veux manger cette bonne purée ? - non ! - Est-ce que tu veux aller au lit ? - non ! Vous savez combien cela peut surprendre les parents, surtout les plus bienveillants, et combien cela peut même les frustrer dès lors qu'ils estiment qu'ils font le maximum pour le bien de leurs petits. Alors, comment faire pour que ce refus premier ne prenne pas la tournure d’une insurrection permanente, telle que nous la rencontrons parfois dans nos cabinets après plusieurs années d'une lutte stérile. Comme nous le constatons, les parents peuvent avoir recours dans ces situations à la négation imaginaire, à savoir d'affirmer ce qui est bien et ce qui est mal, mais ce type de négation n'est pas le plus fréquemment utilisé aujourd'hui du fait qu'il n'appartient pas aux canons de l'éducation positive préconisée officiellement. Non, ils ont beaucoup plus recours à la négation symbolique, c'est-à-dire aux explications qui rapidement en viennent à tourner en rond.

Cela tourne en rond, puisque du côté de la négation imaginaire, la projection fait que quoi qu'il soit mis en avant, ce sera toujours la faute de l'autre, du petit frère, du camarade de classe, voire des parents qui n'ont pas fait ni dit ce qu'il fallait, et du côté de la négation symbolique au bout de trois explications, les mots en viennent à dire tout et son contraire.

C'est au niveau de l'échec de ces deux types de nomination et de négation, imaginaire et symbolique, que nous rencontrons la négation réelle, qui est la seule à pouvoir dire : ce n'est pas ça ! La question qui reste en suspens pour nous est de savoir où nous rencontrons cette négation réelle dans notre clinique. Et en premier lieu, où est-ce que l'enfant la rencontre précocement dans sa vie.

Ce que je vous propose ce soir comme réponse provisoire et partielle est de considérer ce que l'enfant rencontre dans la Versagung d’une part, et dans la présence réelle du père d’autre part. La Versagung est un terme extrêmement précieux pour nous. Il a été traduit la frustration par les premiers traducteurs de Freud, mais cela nous éloigne de ses connotations autour de la promesse déçue, comme cela s’entend dans la traduction la plus littérale qui soit : le dédit. En effet il faut entendre dans Versagung le sagen, dire que le Ver vient défaire. Ce dire est celui d'une promesse, c'est la promesse d'une harmonie que le transitivisme de la mère tente d'entretenir dans le croisement conjugué de sa propre demande et de celle de l'enfant. Cette harmonie est bien sûr une visée, elle n’est jamais atteinte, sachant que c’est sur un fond d’hainamoration que se conjuguent les demandes réciproques. Plus la tentative d’harmonisation est poussée, et plus une ambiance surmoïque s’installe, pouvant conduire à des enjeux vitaux, comme c’est le cas dans l’anorexie mentale. Vous connaissez la différence entre une mère italienne et une mère juive : la mère italienne, dit : si tu ne finis pas ce qu’il y a dans ton assiette, je te tue et la mère juive dit : si tu ne finis pas ce qu’il y a dans ton assiette, je me tue.

C’est sur ce fond d’enjeu vital dans une relation duelle qu’il s’agit d’ajuster en permanence un accord de gré à gré d’une demande à une autre, que nous avons à considérer ce refus de l’enfant dès ses premières demandes, refus qui est à entendre comme la tentative de percée d’un sujet qui est fondamentalement absent dans l’exercice de la demande. $D, le mathème de la pulsion, est à lire comme ou bien le sujet, ou bien la demande.

Il est tout à fait délétère que la psychopathologie d’État qui enjoint les parents et les éducateurs à adopter l’éducation positive, c’est-à-dire pousse chacun un peu plus loin dans ces injonctions surmoïques, viennent suturer le sujet et forclore l’accès à la vérité qui s’échappe de ces confrontations des demandes. Dans le jeu pulsionnel qui se met en place dans cette confrontation des demandes, l’échec de cette harmonie vient opposer un : ce n’est pas ça ! qui est un réel. Ce réel se rencontre notamment avec la survenue des premières angoisses et des premiers cauchemars. Dans ces cauchemars viennent se manifester une présence réelle menaçante, agressive qui vient menacer l’intégrité du moi idéal, l’amputant bien souvent de l’objet privilégié dans les échanges avec l’Autre primordial. C’est dans ces cauchemars que nous pouvons le plus précocement repérer cette question fondamentale dans la naissance du sujet, à savoir cette question sur ce que veut l’Autre. Que veut-il ? À cette question, il n’aura pas de réponse explicite. Le signifiant qui viendrait clore cette question manque.

Cette présence réelle est celle dont parle Lacan concernant les dieux grecs dont il précise qu’ils ne sont pas des instances symboliques, mais bien réelles. Ces dieux sont très loin d'être des idéaux, ils sont tout sauf des prix de vertu, exerçant leur désir sans pitié, que ce soit entre eux ou avec les demi-dieux, et plus encore les mortels qu'ils ne cessent de tromper en utilisant les subterfuges les plus éhontés. En bref, les dieux sont la présence de ce qui échappe à la maîtrise du moi idéal et de l’idéal du moi qui n’en peuvent mais devant ce qui met en échec leurs efforts pour se mettre en conformité avec un commandement dont il est impossible de connaître le dernier mot.

Cette présence réelle, c’est aussi celle que Lacan repère chez l’obsessionnel dans l’agressivité qui a une visée particulière qui est, cette instance qui invite à mettre la sexualité au service de la procréation, à vouloir l’insulter, voire la détruire. Le jeune homme porteur d'un syndrome de Gilles de La Tourette, qui est reçu à Buckingham pour l’honorer pour son action associative comme pair aidant, a cette jaculation en entrant dans le palais : Fuck the queen. Il est dommage qu’une interprétation neuropsychologique vienne verrouiller et forclore l’interprétation possible de l’expression d’un fantasme tout à fait constitué. La vérité forclose pour ce garçon est que, derrière cette agressivité, il pousse l'amour d'un grand Autre tout sachant, tout puissant, jusqu'à y sacrifier son désir qu'il rend impossible par un exercice des plus prudent de sa propre demande qu'il pense être transparente et sans reste.

C’est pourtant par son mensonge qu’il peut trouver le chemin de la vérité. Comme le dit Lacan (leçon du 12 avril 1961) : Le sujet n'affirme la dimension de la vérité comme originale qu’au moment où il se sert du signifiant pour mentir.

Cet usage du mensonge, nous le retrouvons dans un document clinique d’une rare acuité, je veux parler d’un film comique dont le titre nous oriente déjà vers la place centrale qu’y joue la Versagung, Juste une illusion.

Nous y suivons un jeune adolescent de 13 ans dans un moment charnière de sa vie, qui est celui de la naissance de son désir sexuel, et aussi celui du moment où il doit passer sa bar-mitsva. Il est le cadet de deux garçons, et il vit dans une ambiance familiale où chacun est attentif aux autres, même si cela n’évite en rien de vifs moments de tension. Le film entre vite dans le vif du sujet lorsqu’il découvre que son père, qui dit partir tous les matins à son travail de cadre, s’avère être au chômage. Ce n'est là que le début de sa découverte des gros mensonges que peuvent tenir les adultes comme les enfants. Il va lui-même se mettre au mensonge, principalement pour suivre son désir naissant, que ce soit pour aller louer avec ses copains une cassette porno, ou encore pour tenter de séduire une camarade de classe dont il apprend très vite qu'il n'est pas du tout son genre.

Mais loin de se décourager devant ces difficultés et ces premiers échecs, il va très vite apprendre à décrypter les mensonges des autres et à produire ses propres mensonges pour arriver à ses fins. Cette découverte des mensonges des adultes l’interroge, que ce soit celui de son père sur son travail, ou encore celui du rabbin chez qui il prépare sa bar-mitsva qui s'est trouvé, suite à une circulation de la cassette porno digne de celle de la lettre volée dans la nouvelle d’Edgar Poe, détenteur dudit objet licencieux, et a tenté de le détourner à son propre usage. C’est ainsi au moment où il découvre son propre désir qu’il se trouve sommé de devoir interroger le désir de l’Autre, de la manière la plus radicale qu’il soit, sans que nous soyons ailleurs que dans le tragicomique en permanence. Ainsi, alors qu’il se retrouve coincé par ses parents concernant ses premiers mensonges, il va leur demander d’une manière déconcertante pour eux : qu’est-ce que nous faisons là ? Les parents décontenancés vont répondre à côté, avant qu’il ne reprenne la question de manière plus explicite : qu’est-ce que nous faisons là, sur terre, dans la vie ? Les parents ne peuvent que bredouiller une réponse, et bien sûr leur autorité pour interroger les mensonges de leur fils en prend un coup.

Nous sommes en permanence dans le tragi-comique dès lors que tout le propos se déploie dans cet espace entre mensonges et vérité, et qu’il s‘entend que chacun se débat avec ses questions sans réponse sur le désir de l’Autre. L'astuce de ce garçon va jusqu'à repérer que la fille qu'il convoite a un père traditionaliste à idéal du moi bien campé et que le désir de sa fille s'oriente vers autre chose que l'idéal du père. Ce qui l'allume, c'est un mauvais garçon selon les critères du père, un rebelle. Dès lors il va faire ce qu'il faut pour répondre à ce cahier des charges, et sa grande trouvaille est de repérer que si le père n’aime pas les étrangers, sa judéité peut faire l’affaire pour répondre au désir d’autre chose de cette jeune fille. Et ça marche. Après, il pourra passer sa bar-mitsva le cœur léger.

Le petit miracle du film, c’est de nous permettre d’assister à la naissance d’un désir sexuel, dans une ambiance qui, quoi que puisse en penser certains esprits chagrins qui voient du traumatisme partout, est une ambiance faite certes de conflits et de mensonges, mais elle est aussi une invitation permanente à ce que chacun puisse exercer son intelligence dans la lecture de ce qui peut se passer pour lui et pour les autres. En permanence dans le film, les parents et le grand frère saisissent ce qui se passe pour lui, et, tout en étant parfois assez rude avec lui, ils respectent l’essentiel qui est ce transbordement de la pulsion vers le fantasme.

Ainsi, cette interrogation de l’Autre qui rend le commandement énigmatique est l’occasion de reposer avec beaucoup plus de fermeté la question fondamentale du sujet, qui est d’abord une interprétation de ce qui peut manquer dans l’Autre. C’est le meilleur viatique qu’il puisse avoir pour sa vie future.

Comme le dit Lacan dans cette même leçon  : Sans doute y a-t-il plus névrosant que la peur de perdre le phallus, c'est de ne pas vouloir que l'Autre soit châtré.