Clinique psychanalytique

Exposé le 27 novembre 2012 à Ste Tulle (04) dans le cadre de « l'initiation à la clinique psychanalytique »

La cure analytique est une expérience de parole, une ou plusieurs fois par semaine un sujet vient dire, parler à une personne dont il sait souvent peu de chose, si ce n'est qu'elle est en mesure d'accueillir cette parole. Il vient parler sans savoir si ce qu'il va dire va produire une parole, un acquiescement ou une autre forme de réponse qu'on appelle silence.

En quoi cette expérience-là diffère-t-elle d'un échange social, d'une confidence ou d'une confession ? En quoi l'introspection ne produirait-elle pas le même effet ? Parler soulage dit-on, et les psychologues employés dans les hôpitaux sont recrutés en partie pour cette raison. Mais si les premières rencontres avec un analyste témoignent de cet effet d'allégement de la parole, une analyse n'est-ce que cela ? En quoi le dispositif analytique et la place de l'analyste vont pouvoir produire autre chose ?

 

 

« Qu'elle se veuille agent de guérison, de formation ou de sondage,

la psychanalyse n'a qu'un médium : la parole du patient[1] ».

Jacques Lacan

 

La cure analytique est une expérience de parole, une ou plusieurs fois par semaine un sujet vient dire, parler à une personne dont il sait souvent peu de chose, si ce n'est qu'elle est en mesure d'accueillir cette parole. Il vient parler sans savoir si ce qu'il va dire va produire une parole, un acquiescement ou une autre forme de réponse qu'on appelle silence.

En quoi cette expérience-là diffère-t-elle d'un échange social, d'une confidence ou d'une confession ? En quoi l'introspection ne produirait-elle pas le même effet ? Parler soulage dit-on, et les psychologues employés dans les hôpitaux sont recrutés en partie pour cette raison. Mais si les premières rencontres avec un analyste témoignent de cet effet d'allégement de la parole, une analyse n'est-ce que cela ? En quoi le dispositif analytique et la place de l'analyste vont pouvoir produire autre chose ?

La règle est dite « fondamentale » parce que l'analyse ne peut se concevoir autrement ; règle de dire tout ce qui se présente à l'esprit à laquelle on invite le patient à ne pas déroger, Freud parlait d'exhortation à tout dire. L'association libre, c'est ce qui caractérise une analyse, il s'agit, c'est important de le souligner, d'une invitation totalement subversive, une autre façon de dire, impensable avant Freud et qui a été largement pervertie par la suite dans des domaines qui n'ont plus rien à voir avec la psychanalyse. Subversive au sens où elle contrevient à toutes les lois de la bienséance sociale qui reposent toutes sur ce qu'on appelle « la retenue », propre à toutes les relations sociales, c'est-à-dire le fait de soutenir une image, une prestance, qui peut être différente en fonction des interlocuteurs, cette image que l'individu soutient, en terme psychanalytique, c'est le moi.

Lorsque j'étais étudiant en psychologie, un professeur avait évoqué une petite vignette clinique, il nous a parlé d'un patient, un homme, extrêmement cru sur le divan, évoquant des vœux de mort, prononçant des insultes à propos des gens qui gravitaient dans sa vie, de son analyste même, etc. Ce que nous indiquait ensuite cet enseignant, c'est l'extrême politesse du patient lorsque la séance était terminée et qu'il se levait du divan pour payer et partir, sa déférence, comme s'il ne s'agissait pas du même bonhomme. Vous avez là une parfaite illustration du moi, le moi gentil de cet homme et puis cette agressivité, cette violence lorsqu'il était sur le divan, vous voyez, on aurait bien du mal à considérer que le sujet c'est le moi sauf à penser que ce qui se dit dans l'association libre n'a aucune valeur, qu'il s'agit d'un phénomène de possession temporaire, donc étranger au sujet.

La psychanalyse a plus de cent ans et aujourd'hui, la règle fondamentale semble banalisée, au sens où elle ne surprend personne, alors qu'elle continue d'être un dispositif transgressif comme nous le verrons. Soit dit en passant, la banalisation de cette règle se caractérise notamment par le fait que bon nombre d'analystes négligent de la formuler, Lacan évoque cette tendance dans un texte de 1958 : « la direction de la cure consiste d'abord à faire appliquer par le sujet la règle analytique, soit les directives dont on ne saurait méconnaître la présence au principe de ce qu'on appelle ‘‘la situation analytique'', sous le prétexte que le sujet les appliquerait au mieux sans y penser[2] ». On pourra rajouter que l'énonciation de la règle fondamentale est d'autant plus d'actualité que les patients d'aujourd'hui n'ont plus la culture psychanalytique qu'ils avaient il y a cinquante ans.

Laissons Freud énoncer la règle fondamentale : « Le patient est obligé de nous révéler non seulement ce qu'il raconte intentionnellement et de bon gré, ce qui le soulage comme une confession, mais encore tout ce que lui livre son introspection, tout ce qui lui vient à l'esprit, même si cela lui est désagréable à dire, inutile voire absurde. Si, après ces injonctions, le malade réussit à supprimer son autocritique, il nous livre du matériel, pensées, idées, souvenirs qui subissent déjà l'influence de l'inconscient et sont souvent des rejetons directs de ce dernier[3]. » Autrement dit, si le rêve, les lapsus et les actes manqués sont les voies royales de l'inconscient, l'association libre, en est une autre.

Ce dispositif a quelque chose d'unique parce qu'il s'oppose au principe même de la conversation qui, d'une part, ne tolère pas les divagations mais aussi parce que la plupart du temps dans une conversation, nous visons un effet, une consistance, autrement dit une unité, c'est-à-dire que la conversation est au service du moi, et je me souviens d'une personne, effarée par ce qu'elle racontait, qui me disait : « si je disais tout ce qui me passe par la tête dehors on me prendrait pour une folle ! », ce qui est vrai.

 

L'association libre, nous dit Lacan, est hors sens, mais cela ne veut pas dire que ce qui est dit n'a pas de sens, si le sens était aboli, aucune équivocité ou aucune interprétation ne seraient possibles.

Dans cet extrait, Freud évoque la confession, mais l'association libre n'en relève pas, précise-t-il, parce que dans la confession, le fidèle sait ce qu'il doit avouer, alors que dans l'analyse, ce qui importe, n'est pas ce qu'il sait qu'il dit, mais ce qu'il ne sait pas.
Ajoutons une autre différence, essentielle, qui distingue l'analyse de la confession, c'est que si le fidèle sait ce qu'il doit révéler, c'est parce qu'il sait ce que le prêtre attend de lui : l'aveu du péché. Et peut-être que certains d'entre vous se souviennent de cette obligation de confesse lors de la communion qui amenait - parait-il - certains enfants à inventer des péchés afin de satisfaire à l'obligation. Dans l'association libre, le patient ne sait pas ce que l'analyste attend qu'il dise, pour la simple raison que la seule chose qu'attend l'analyse c'est que son patient associe librement. Lacan précise que si c'est à l'analyste de diriger la cure, il ne doit pas diriger son patient. Il est fréquent, chez les nouveaux patients encore en face à face, d'entendre cette question, parfois inquiète : « qu'est ce que vous voulez que je vous raconte ? », ou encore « posez-moi des questions », difficulté qui, somme toute peut se comprendre en raison du trouble qu'implique pour l'individu, le fait de faire entièrement confiance à sa parole. Le fait que l'analyste ne se mette pas en position de guide renvoie aussi le sujet à la solitude de son dire. Que sur le divan le patient ne sache pas ce que l'analyste voudrait entendre, du fait de son silence, va parfois amener l'analysant à se mettre au service d'une demande imaginaire, tenter de lui faire plaisir, mais l'imaginarisation de la demande est alors là repérable du fait même de la neutralité de l'analyste.

L'autre élément qu'on peut souligner est la dimension impérative de la règle fondamentale, impérative parce que l'expérience montre que le patient glisse très facilement sur la pente de l'omission, il connaît la règle mais néglige une pensée qu'il estime sans intérêt ou bien dérangeante, Freud parlait alors de résistance, résistance à dire tout ce qui vient. La résistance à la règle peut se manifester de mille façons, l'omission, ou encore le patient silencieux affirme qu'il ne pense à rien ; Freud évoque le tarissement de la libre association : « Une observation minutieuse montre que l'arrêt des associations libres ne se présente jamais. Elles paraissent suspendues parce que le malade retient ou supprime l'idée qu'il vient d'avoir, sous l'influence de résistances revêtant la forme de jugements critiques[4] ». On peut s'interroger sur ce refus de dire. Pourquoi l'analyste doit-il soutenir cette nécessité, pourquoi est-elle si souvent transgressée, dans un monde proclamant la liberté, l'expression de sa propre subjectivité ?

Cette règle, qui trouve ses prémisses dans sa méthode d'analyse des rêves, Freud va la proposer à ses patients à partir du moment ou il va abandonner l'hypnose, qu'il juge inefficace « elle ne détruit pas les résistances et ne fournit que des renseignements incomplets et des succès passagers[5] » ; dans le dispositif, l'association libre est indissociable du divan même si l'expérience montre que la réserve de l'analyste, l'attention qu'il prête à la parole du patient, produit dès le face à face une liberté de parole, avec cette particularité que le patient en face à face va cesser progressivement de regarder l'analyste. On peut tout à fait entendre ce détachement du regard comme un désarr-image, au sens où la discrétion de l'analyste, son silence, va progressivement changer l'adresse de cette parole. Progressivement le sujet va se dégager d'une relation d'ego à ego pour entrer dans un autre champ, en « faisant porter à l'analyste un vêtement, à lui élire une demeure, celle de l'Autre[6] », le divan, c'est ce qui cristallise ce phénomène déjà observable en face à face.
La légende veut que si Freud a mis ses patients sur un divan, c'est pour éviter d'être observé toute la journée, il reconnaît cet embarras mais il insiste aussi sur l'intérêt de ce dispositif parce qu'il permet au patient de ne pas « détourner son attention de sa propre activité psychique[7] ». Autrement dit, le divan, c'est la concrétisation de l'effacement de la personne de l'analyste, et nous voyons là un parallèle avec l'analysant puisque ce qui est visé dans la cure, c'est le dégonflement de la baudruche moïque du patient.
Le dispositif de l'association libre n'est pas non plus dissociable des patientes hystériques de Freud, ce sont elles qui ont largement initié ce dispositif[8], au point même que Lacan pourra décrire l'association libre comme produisant une hystérisation du sujet, quelle que soit sa personnalité.

Mais la règle fondamentale ne relève pas seulement d'une prescription faite au futur analysant, elle s'adresse aussi à l'analyste pour la simple raison que si la parole du patient est libre c'est au prix du silence de l'analyste, ou du moins de sa disposition à ne pas privilégier ses propres coordonnés comme idéal, principe que l'on peut retrouver dans la formule de Lacan « désir de l'analyste », autrement dit désir qu'il y ait de l'analyse, aux dépens de son être donc.

Dans son Conseils aux médecins, Freud écrit : « Nous ne devons attacher d'importance particulière à rien de ce que nous entendons et il convient que nous prêtions à tout la même attention ‘‘flottante'', [...] l'on échappe ainsi au danger inséparable de toute attention voulue, celui de choisir parmi les matériaux fournis [...], c'est justement ce qu'il faut éviter ; en conformant son choix à son expectative, l'on court le risque de ne trouver que ce que l'on savait d'avance. En obéissant à ses propres inclinaisons, le praticien falsifie tout ce qui lui est offert [...] - et Freud de préciser - L'obligation de ne rien distinguer au cours des séances trouve son pendant, on le voit, dans la règle imposée à l'analysé de ne rien omettre de ce qui lui vient à l'esprit, en renonçant à toute critique de son choix[9] ».
Le Dr Comté est invité au cours d'un séminaire de Lacan à commenter deux articles du psychanalyste Conrad Stein ; il va reprendre ce concept d'attention flottante qu'il applique à l'analysant lui-même : « Prié de se mettre dans un état d'attention flottante, le patient écoute en dedans et parle dans un seul et même mouvement. La perception et l'émission de sa parole sont confondues. Il ne parle pas. Ça parle. L'analyste de son côté, en état, lui aussi d'attention flottante écoute le « ça parle ». Il n'écoute pas en personne, ça écoute[10] ».
Dans son premier séminaire publié, Lacan évoque la règle fondamentale[11] et souligne un point intéressant : elle sous-tend que le discours du patient n'a pas d'importance, autrement dit l'analyste n'a pas d'a priori, il n'en a pas parce qu'il ne sait pas d'avance, il ne sait pas parce que son savoir ne relève pas de l'université mais du savoir inconscient et qu'à ce titre c'est dans la rencontre avec le sujet que ce savoir va pouvoir émerger. L'analyse procède non pas à un renversement du savoir, ce n'est pas tant du côté de l'analysant que siège ce savoir, mais c'est dans cette rencontre qu'un savoir peut émerger : « L'inconscient de l'analyste doit se comporter à l'égard de l'inconscient émergeant du malade comme le récepteur téléphonique à l'égard du volet d'appel[12] » écrit Freud.
Ce dernier n'a cessé de répéter tout au long de sa vie qu'il fallait à chaque fois réinventer la psychanalyse, que chaque nouveau patient devait être reçu sans savoir préétabli. C'est cette position qu'on peut qualifier d'éthique qui a pu conduire Freud à soutenir la possibilité pour un non médecin de pratiquer la psychanalyse, ce qu'il a appelé « l'analyse profane ». Pour pratiquer l'analyse, le savoir médical ou psychologique n'est pas indispensable. Même s'il ne le réalise pas, le patient ne paye pas l'analyste pour son savoir - comme c'est le cas ordinairement - mais pour sa disposition à permettre au sujet du désir d'advenir.

L'association libre renverse donc les choses, c'est le patient qui sait, sauf qu'il ne sait pas qu'il sait, il sait mais à son insu, Lacan parlera de « savoir sans sujet ». La règle fondamentale s'applique donc à la fois au patient « dites tout ce qui vous vient » mais aussi à l'analyste - tu laisses dire - en ne privilégiant pas un élément plutôt que ce qui vient, en ne censurant pas.
« Quand quelqu'un commence une analyse, on ne sait rien sur lui, donc il va commencer à informer l'analyste comme il peut, voire à se risquer à pousser ses informations, et en cet état, l'analyste même s'il a analysé mille personnes et que c'est la énième fois qu'il entend le même cas, doit l'aborder comme si on ne connaissait rien, ce qui ne veut pas dire que l'analyste se caractérise de son ignorance mais ça veut dire qu'il faut se situer dans une ignorance instruite[13] ».
Cette liberté est, au bout du compte, le seul moyen pour faire émerger le sujet du désir. « L'association libre permet ce battement où émerge dans la parole le sujet de l'inconscient [...] sans l'association libre on échoue toujours à accéder à quelque chose de l'ordre du désir chez un sujet qui parle[14] ».

Quelqu'un qui sait ce que le patient a à dire sans connaître le patient c'est le médecin, pour la simple raison qu'il possède un savoir sur la maladie qui est indépendant du sujet lui-même, le médecin ne s'adresse pas à un sujet, il s'adresse à un représentant de l'espèce humaine en tant qu'animal biologique. Je ne formule pas une critique, c'est la réalité, c'est une réalité efficace puisqu'elle permet de guérir. Le médecin questionne le malade sur les symptômes du corps qui vont l'orienter sur une maladie puis il va préciser ses questions pour se faire confirmer ce qu'il sait déjà et négliger certaines informations sans intérêt pour le diagnostic. C'est-à-dire qu'a un moment de la consultation, le médecin, et c'est crucial, pose des questions dont il connaît déjà la réponse, c'est ce qui définit un maître. Dans certains cas, on peut même se passer de la parole du patient, les examens biologiques répondent à sa place. Quand aux psychiatres DSMistes, ils procèdent de façon encore plus marquée en dépliant une batterie de questions qui vont poser un diagnostic psychiatrique permettant une prescription médicamenteuse, par exemple « vous êtes plus fatigué au réveil ou en fin de journée ? ». En somme, nous dit Hélène L'Heuillet, « ce qui distingue le psychanalyste des autres thérapeutes, c'est que dans la souffrance il cherche le sujet[15] ».

C'est parce que le savoir qui importe dans une cure c'est le savoir inconscient que psychanalyste n'est pas un métier, c'est une fonction, autrement dit que cela n'est jamais garanti parce que ce qui peut être garanti est totalement étranger à la dimension de l'inconscient. L'association libre de mon titre, c'est donc aussi l'association entre le patient et son analyste, libre au sens ou aucun contrat ne vient formaliser ce qui va se produire. Cette inconnue, cette impossibilité d'anticiper, cette dimension de l'incertitude, du non-savoir, ce vide, cette non garantie il faut donc bien l'entendre comme garantie de l'inconscient mais aussi du désir car rien n'est plus mortifère pour le désir que le plein du savoir, le confort de la certitude, des cases à cocher ou des bonnes réponses attendues par l'expert...

Une analyse permet l'émergence du sujet, le sujet au sens psychanalytique, pas l'individu, l'individu c'est celui auquel nous avons à faire avant une cure. Ce que dégage une cure c'est le sujet du désir, il ne s'agit pas du désir dont on parle à tort et à travers qui relève du positivisme ambiant. Dans la psychanalyse, le désir est toujours à entendre comme désir inconscient, ne relevant pas d'un objet de la réalité, il est donc toujours manquant mais sur cet objet du désir peut s'appuyer une subjectivité. Toute la traversée d'une cure tient en cela : permettre l'émergence d'un sujet articulé avec son désir et on peut ajouter, au regard de sa position sexuée.
Dans un séminaire de 1986, Jean-Paul Hiltenbrand disait les choses de la façon suivante : « Ce que l'on attend d'une analyse, ce n'est pas un savoir sur l'inconscient, c'est que celui qui en sort donne la réponse juste quand il convient. C'est tout[16]. »

Le procédé de l'association libre, dire tout ce qui passe par la tête, parole libérée des convenances, va donc faire disparaître le sujet de la raison, celui qui pense, celui de la consistance moïque, va déconstruire les certitudes, va déposséder le sujet de lui-même et précipiter le sujet de l'inconscient, par surprise, au moment ou l'on s'y attend le moins, le sujet va surgir dans la béance même de la langue. Lacan écrit que « le sujet va se trouver embarqué dans un discours qui lui échappe produisant un savoir sans sujet[17] », celui de l'inconscient. L'association libre est donc un pari, celui de la voie d'accès à l'Autre scène, celle du désir inconscient.

Le principe de l'association libre sous-tend que le sujet est opaque à ce qui le détermine. Il existe un désir inconscient au sujet lui-même organisé autour d'un fantasme qui prend consistance dans ce discours sans censure de l'association. Ne pas interrompre la chaîne du langage, laisser un mot en entraîner un autre et là où une divagation pourrait être attendue, se dégage une vérité propre au sujet dans sa singularité. En somme, si Freud propose l'association libre, c'est parce que justement elle n'est pas libre du tout et c'est cette non liberté qui est l'objet de la cure.
Mais cet inconscient révélé dans l'association libre, il faut le préciser, « n'est pas un stock de contrebande caché dans une arrière boutique hors commerce licite, ni une banque de données exploitable par des clefs[18] ». Autrement dit, l'inconscient est présent dans le discours mais étranger au sujet, insu de lui-même, il ex-siste, il est Autre, radicalement, mais pris dans une adresse : « on ne peut traiter de l'inconscient en solitaire, l'adresse est essentielle, nous « n'avons pas » un inconscient, à parler rigoureusement, au sens ou nous en serions le propriétaire sans le savoir, il existe quand je te parle ou t'écris, quand je t'écoute[19] », ce point me semble parfaitement s'articuler avec le fait que Freud a d'une part toujours critiqué les « clefs des songes » mais surtout qu'il a toujours mis en garde les médecins sur l'analyse sauvage, autrement dit sur l'interprétation du désir inconscient hors adresse, hors transfert, l'analyse sauvage étant alors à mettre au même plan que l'insulte, dans les deux cas, le sujet est réduit à un signifiant : voilà ce que tu es.
Le temps de la cure est le temps du dépliage et du dégagement d'une structure ; cette temporalité, si elle n'est pas séparable du désir de l'analysant et de l'analyste, n'est pas prévisionnelle ; autrement dit, une cure n'est pas programmable dans sa durée.
En fait, le dispositif de l'association libre implique un autre rapport au symptôme que celui propre à la médecine dont Freud disait qu'elle était profondément marquée par la furor sanandi, guérir à tout prix ; en effet, la règle fondamentale est une règle de non-discrimination, autrement dit elle s'appuie sur le fait qu'on ne sait pas par avance ce qu'il faudrait que le patient exprime, ce que Jean-Paul Hiltenbrand résume de cette formule : « Notre éthique, c'est de travailler avec ce qu'on nous apporte[20] ». C'est donc le non-savoir de l'analyste mais aussi la prise de distance à l'égard du symptôme qui permet à l'analyste de s'appuyer sur la parole désarrimée du patient sans chercher à précipiter l'aveu qui le révélerait à lui-même.

Je pense que vous entendez bien combien cette prise de position du côté du non-savoir universitaire est encore plus aujourd'hui transgressive, puisque notre société moderne est profondément marquée par les technosciences et l'idéologie libérale qui en découle. Je précise que cette empreinte de l'écriture technoscientifique n'a pas seulement des effets sur le discrédit porté aujourd'hui à la psychanalyse mais plus fondamentalement, a aussi des effets sur les patients qui ne se présentent plus de la même façon qu'il y a encore vingt ans. Ce ne sont pas seulement les symptômes qui peuvent être différents, mais nous recevons aujourd'hui des demandes de prestations de services, d'expertises, d'objectifs concrets, d'échanges sans disparité des places de la part de sujets qui, au bout d'un certain temps, seront en mesure de faire une cure, c'est-à-dire de supporter le champ de l'inconscient, de l'Autre symbolique, de se dégager du positivisme ambiant. Pour que cela advienne, il faut que l'analyste parvienne à dégager ces sujets très contemporains de cet axe imaginaire, axe - j'insiste là dessus - qui a de tout temps existé mais qui, dans notre monde très libéral, possède une légitimité renforcée.

Au-delà de cet aspect, il est aussi important de souligner que notre modernité a des effets sur la parole même des sujets, parler en son nom, parler de soi est peut être pour certains encore plus difficile aujourd'hui que cela ne l'était hier, c'est un paradoxe de notre monde qui flatte les ego mais dévalue le subjectif. L'autre aspect, encore plus fréquent, est que le positivisme ambiant donne une tonalité particulière aux paroles des patients sur le divan : elle est aujourd'hui moins fleurie. Le positivisme ambiant, cela signifie que nous vivons dans un monde où la poésie est reléguée dans les limbes, où ce qui est valorisé est une parole au plus près de la chose.

J'ai évoqué tout à l'heure un pervertissement actuel du dispositif freudien, il ne se situe pas du côté des analystes mais du côté des agents collaborateurs du Discours du Maître, qui confondent les effets thérapeutiques produits par une parole libre, avec l'obligation de dire, imposée à l'occasion d'un événement existentiel par exemple, un accident de la route, un décès brutal, une avalanche, confession imposée à des personnes qui ne demandent rien, faire sortir au forceps la parole souffrante, faire « cracher le morceau », alors qu'on sait pourtant que parfois, parler est plus destructeur que garder le silence ou réserver sa parole à des proches. Je parle d'agents du Discours du Maître parce qu'au bout du compte, cette idéologie contemporaine du « tout dire » relève d'une entreprise de normativation[21], je vous reparlerai de cela la prochaine fois.

Cette règle de non-discrimination de la parole dans la cure a une autre conséquence, c'est que par définition, l'analyste est en mesure d'accueillir tout le monde, n'excluant personne dans l'absolu, ni les voleurs, ni les pédophiles, ni les meurtriers. Cela ne signifie pas qu'individuellement un sujet ne peut pas être éconduit, mais ce qui amène à cette décision relève avant tout d'une question qu'il amène, du type de demande qu'il formule et pas d'une norme sociale, de critères moraux, comportementaux ou psychopathologiques. La psychanalyse n'est pas une religion ni une psychothérapie au sens ou elle ne détient pas la clef de ce qui serait le bien ou le mal, le normal ou le pathologique, la bonne voie ; elle n'a pas une bonne parole à proposer : ce n'est pas une entreprise psychorééducative. « Le Discours Analytique - nous dit Jean-Paul Hiltenbrand - est lui, déjà une éthique et justement une éthique qui interdit de dicter une éthique[22] ».

Si l'association libre ne relève ni de la confession, ni du récit, pourrait-on alors dire qu'elle relève d'un monologue intérieur proféré à haute voix ? Autrement dit, en quoi se distingue-t-elle de l'endophasie ?
On peut trouver un premier élément de réponse dans le simple constat de la résistance du patient à supporter le dispositif de l'association libre, de l'inconfort que cela représente, inconfort que nous pouvons opposer au discours intérieur en ce que ce dernier tente, sans fin de produire une consistance, le confort d'une consistance : le monologue est à l'être parlant ce que le ronron est au chat, les pensées, même désagréables - d'un point de vue conscient - font parties de l'univers mental du sujet, de son disque intérieur. Laissé seul à lui-même, le sujet ne peut que tourner en rond autour de son narcissisme, sans risque. La présence de l'analyste, sous tendu par son désir, désir de soutenir le désir inconscient du sujet, le fait que cette parole soit adressée, prise dans le transfert, parole pour un Autre, présence d'un corps vivant, présence pour entendre cela, dispositif qui va déranger le ronron de sa jouissance dans lequel le névrosé est pris.

Un autre point, essentiel, est aussi présent, implicitement, dans cette place donnée à la parole du sujet, c'est tout simplement une manière de signifier qu'il est concerné dans sa subjectivité, que sa responsabilité est engagée à l'égard de son désir. La règle fondamentale n'a pu d'ailleurs être formalisée par Freud parce qu'il a abandonné sa théorie du traumatisme, sa Neurotica, pour celle du fantasme. Alors qu'après une dispute il est toujours possible d'affirmer que les mots ont dépassé la pensée ou encore que l'on ne savait pas ce que l'on disait ou encore que ce n'était pas ce qu'on voulait dire, sur le divan, ce qui est dit ne peut pas s'annuler, la parole y prend une valeur particulière, même lorsqu'elle se contredit. Cela ne signifie pas que toute phrase dite sur le divan peut être prise par l'analysant à son propre compte, elles peuvent s'imposer au sujet qui ne s'y reconnaît pas, mais elles n'en constituent pas moins quelque chose qui lui appartient.

Le sujet associant sur le divan n'est donc pas le sujet social, certains analysants le repèrent spontanément et c'est en face à face qu'ils viennent formuler une demande à l'analyste. Parfois, ce qu'ils vont demander s'oppose en tout point à ce qu'ils ont pu formuler sur le divan. À la place où se trouve l'analyste il se doit alors de ne pas négliger ce qui s'est dit sur le divan et il s'agit pour l'analysant de le prendre aussi en compte, l'association libre n'est pas un exercice sans conséquence, d'autant moins d'ailleurs que l'enjeu d'une cure se situe justement dans la façon dont le sujet va pouvoir s'autoriser de sa propre parole.

« Alors que nous entendons pleurer toute la journée sur ce manque de liberté, lorsque la liberté la plus absolue est proposée sur le divan à quelqu'un de pouvoir tout dire sans aucune censure, comme il le veut, comme il l'entend, que ce soit obscène, que ce soit choquant... qu'il dise comme ça vient, lorsqu'on lui indique la règle qui va permettre le passage à ce discours analytique, c'est-à-dire à cet ordonnancement particulier des signifiants. Alors qu'il pleure pour sa liberté, quand on le lui propose, le premier effet de cette proposition, c'est évidemment de se taire. Le premier effet de dire à quelqu'un « mais allez-y comme ça vient, allez-y... », le premier effet c'est l'inhibition totale et l'on ne peut plus rien dire. Pourquoi ? Parce que précisément se révèle à cet endroit-là, combien le sujet est aliéné, combien lui-même est pris dans des contraintes qui dépassent totalement son vouloir, sa bonne volonté. Combien des gens d'une intelligence insoupçonnable vous disent cette impression terrible après une séance, « mais j'ai l'impression de dire que des conneries, je n'arrive pas à parler, je ne dis que des banalités...  Gérard Amiel ajoute : Eh bien voilà, le sujet est déjà pris dans un appareil d'aliénation, c'est-à-dire est déjà pris dans un certain discours qui fait résistance à l'autre discours proposé, ce Discours Analytique[23] ».

Lacan résume par un « ça parle » et non pas ça pense, parce que la règle fondamentale congédie la pensée, produisant une destitution subjective, un discours sans échappatoire dans lequel le sujet s'engage dans une dépossession toujours plus grande de cet être de lui-même ; autrement dit, de dire tout ce qui passe par la tête ébranle cette consistance du moi, Lacan illustre ça d'un petit signe, le $ pour désigner le sujet divisé par la parole. « Ce qui décide - nous dit Jean-Paul Hiltenbrand - c'est le signifiant et à ce titre-là nous circulons comme des égarés assujettis à ce signifiant. Tout ce qui est donc de l'ordre volitionnel est à ranger dans le placard des accessoires moïques, comme il se démontre à chaque instant chez le sujet en analyse[24] ». Freud s'était très vite rendu compte que les patients trouvaient toutes les bonnes raisons du monde pour contourner la règle, en se censurant (c'est fou), en se brouillant (il n'y a pas à en parler), en ne pensant à rien ou en favorisant le registre de la conversation.
Dans l'association libre - nous dit Lacan - « à force de peintures sincères qui n'en laissent pas moins incohérente l'idée, de rectifications qui n'atteignent pas à dégager son essence, de défenses qui n'empêchent pas de vaciller sa statue, d'étreintes narcissiques qui se font souffle à l'animer, il finit par reconnaître que cet être n'a jamais été que son œuvre dans l'imaginaire et que cette œuvre déçoit en lui toute certitude. Car dans ce travail qu'il fait de la reconstruire pour un autre (l'analyste), il retrouve l'aliénation fondamentale qui la lui a fait construire comme un autre, et qui l'a toujours destinée à lui être dérobée par un autre[25] ».

Dans l'histoire du mouvement psychanalytique, certains analystes ont récusé l'association libre au nom d'une productivité de la cure, Erich Fromm écrit par exemple : « Qu'est ce qui nous garantit qu'en parlant sans restriction il dit des choses pertinentes[26] ? », l'association libre, j'insiste là dessus, c'est une parole non productive parce qu'elle vise non pas à la production d'un savoir mais d'une vérité, celle du sujet (de l'inconscient) ; de plus, qu'est ce qui permet de juger dans l'immédiateté qu'une parole est pertinente ou qu'elle ne l'est pas ? Cette lecture critique de l'association libre a conduit Fromm comme d'autres à devenir psychothérapeute puisque par principe, les psychothérapies, en situant le savoir du côté du thérapeute, n'ont rien à faire avec l'association libre.

L'expérience de l'association libre va aussi révéler au sujet qu'il ne peut « tout dire », pas parce qu'il s'en empêche, qu'il résiste, mais parce que la parole échoue toujours à tout dire, un vide persiste, « Parler, c'est toujours offrir plus qu'on ne croit dire et moins qu'on ne veut dire[27] ».

Dans un de ses séminaires, Jean-Paul Hiltenbrand évoque ce ratage de la parole : « Le sujet, dès qu'il se met à parler, est pris dans cette division, à partir de sa parole [...], pourquoi à partir de sa parole ? Vous savez, pour la plupart d'entre vous par l'expérience de la cure, que cette parole introduit d'abord l'autre trompé, c'est-à-dire que quelque chose se met en place et qui est toujours en jeu au niveau de cette parole, à savoir que comme l'on peut l'éprouver classiquement, cette crainte de tromper l'autre dans le discours de la séance, de l'induire en erreur ou alors le fait qu'une séance peut venir rectifier ce qui a été dit dans la séance précédente pour bien s'assurer que l'autre n'est pas trompé ; ou alors comme certains d'entre vous l'ont déjà éprouvé chaque fois qu'on fait un exposé on a cette impression qu'on n'a pas dit les choses comme on aurait voulu les dire. Ce sont là des expériences banales qui nous montrent simplement que le sujet dès qu'il se met à parler, entre dans cette division avec ce qui est contemporain de cette division à savoir la crainte ou la certitude d'avoir entretenu un malentendu[28] ».
L'association libre, du fait qu'il y a toujours quelque chose qui vient après, supprime la ponctuation du discours, le point final. Le point final soutient que quelque chose a été dit, il vient soutenir l'idée d'une parole qui aurait pu tout dire, en somme, qui referme les choses, « L'association libre est une suspension de la ponctuation[29] », elle témoigne alors que ce n'est pas seulement tout dire que le sujet ne parvient pas à dire, c'est aussi que la vérité de son désir ne peut être dite toute, elle ne peut que s'insinuer, se dire entre les lignes, entre les mots. Lacan parlait de mi-dire et comparait l'association libre avec la poésie qui peut se situer elle aussi dans un mi-dire. Ce ratage de la parole, nous pouvons d'ailleurs tenter de l'ignorer, c'est ce que font les amoureux qui s'illusionnent de se comprendre d'un seul regard, le retour aux sources, c'est-à-dire aux jours bénis où maman comprenait bébé d'un seul regard, sauf évidemment que ce paradis perdu n'a jamais existé.

« Il est étrange de constater - dit Charles Melman - que lorsqu'un parlêtre, dès lors qu'il s'installe sur un divan pour s'exposer à ce qu'on appelle la libre association, on y entend que celle-ci est adressée à un personnage par forcément bien défini et qui se trouve là supposé l'entendre. Il suffise d'une parole - dont je ne dirais pas qu'elle est libre - mais détachée de toute intentionnalité et de perception de celui à qui elle s'adresse, cela suffit pour provoquer cette affaire dont de nombreux psychanalystes continuent de s'étonner, cette manifestation d'amour, d'attachement, a un x et dont le psychanalyste se trouve là à l'occasion un représentant faute de mieux. [...] Cette parole dans la cure venant s'organiser autour des griefs, des revendications, des malheurs, des malentendus, des mécomptes qui ont pu perturber la perfection attendue, espérée, d'une reconnaissance duelle, aboutissant - c'est un fantasme - à l'aboutissement d'un couple parfait et rendu d'autant plus parfait que non seulement les sentiments y seraient réciproques mais que les formes de l'un et de l'autre viendraient là à se confondre, à fusionner et que donc ces deux finiraient à ne faire plus qu'un[30] ». La cure est une traversée de l'impossible.

Demeure une question, qu'est ce qui va faire que ces paroles vont constituer autre chose qu'un récit ? Il nous arrive parfois de rencontrer des personnes avec un long parcours de « suivis psy » comme on dit, sans que rien dans leur façon d'en parler, ne vienne témoigner que des effets ont été produits par ces consultations, un savoir parfois, mais un savoir sans effet, sans conséquence. « J'ai tout compris de mon enfance mais ça n'a rien changé ! » m'annonçait une dame lors du premier entretien, à bon entendeur...
Alors cet effet, quel est-il ? Quels effets peut-on attendre de cette parole qui la rendrait différente d'une conversation ? Qu'est ce qui fait qu'une cure a produit non pas un savoir, mais une vérité ? « Comment le dire n'importe quoi peut-il se révéler efficace ? [31] » ou encore « Si je vais voir une concierge, et que tous les matins je lui taille ma bavette d'une demi-heure, est-ce qu'au bout de douze ans, je pourrai me présenter comme psychanalyste ? Comme concierge-psychanalyste[32] ? » Interroge à juste titre Jean-Paul Hiltenbrand.

Ce dont il est question au fond, c'est de savoir si une parole dite sur le divan peut faire acte pour le sujet, faire acte au sens ou il y aurait un avant et un après, une parole qui franchit un impossible, un Réel, ou pour le dire autrement que par le fait d'une parole, ce qui relevait de l'impossible devient possible pour le sujet. Un acte, au sens psychanalytique, c'est cela, quelque chose d'ineffaçable. Lorsqu'un garçon ou une fille ont leur première relation sexuelle, quelque chose est franchi et rien ne pourra faire retour en arrière, on parle alors à juste raison d'acte sexuel ; lorsque César franchit le Rubicon, quand bien même il aurait décidé de faire demi tour, le franchissement avait eu lieu. Comme vous le savez, le Rubicon est un ruisseau, c'est-à-dire que le franchissement dans un acte relève du Symbolique avant tout et si vous-même, l'été prochain en Italie, vous franchissez le Rubicon, ce ne sera pas un acte mais une imitation d'acte, un acte, dans sa portée symbolique, relève d'une solitude et emporte avec lui une perte.

« Voilà quelqu'un qui s'installe sur un divan pour foncer dans le brouillard sans regarder où il va, mais il s'est quand même muni d'une petite lanterne, et cette petite lanterne pour lui, c'est qu'il est porté par l'espoir qu'il y a des paroles qui pourraient bousculer le monde - à savoir qu'il pourrait toucher là quelque part à son rapport au Réel, que ça pourrait changer quelque chose dans son rapport au Réel - et que c'est cette attente qu'il y ait quelque part, dans sa parole, un acte. Or, cette petite lanterne qu'il tient, ce n'est pas un faux espoir puisque nous savons que des paroles qui bousculent le monde, ça existe[33] ». C'est donc cela qu'un analysant peut attendre de sa cure et que l'analyste doit pouvoir soutenir, que sa parole, que cette chaîne associative qu'il va dérouler tout au long de sa cure puisse faire actes pour lui.

 


[1] Jacques Lacan, « Fonction et champ de la parole et du langage », Écrits, Édition du Seuil 1966, P. 247.

[2] Jacques Lacan, « La direction de la cure », Idem, P. 586

[3] Sigmund Freud, Abrégé de psychanalyse, PUF, 1985, P. 41/42.

[4] Sigmund Freud, Cinq leçons sur la psychanalyse, Payot, 1987, P. 35.

[5] Sigmund Freud, La technique psychanalytique, PUF, 1981, P. 5

[6] Jean-Paul Hiltenbrand, séminaire Commentaire à partir du séminaire RSI, leçon du 29/11/84, inédit

[7] Idem P. 3

[8] Emmy Von N en particulier

[9] Sigmund Freud, La technique psychanalytique, opus cité, P. 62

[10] Jacques Lacan, séminaire L'objet de la psychanalyse, leçon du 22/12/65

[11] Jacques Lacan, séminaire Les écrits techniques de Freud, leçon du 27 janvier 1954

[12] Sigmund Freud, La technique psychanalytique, opus cité P. 66

[13] Jean-Paul Hiltenbrand, séminaire Signifiant, lettre et pulsion, leçon du 1er avril 1992, inédit

[14] Jean Bergès, Gabriel Balbo, Psychothérapies d'enfants, enfants en psychanalyse, Éres 2004, P. 15

[15] Hélène L'Heuillet, La psychanalyse est un humanisme, Grasset, 2006, P. 12

[16] Jean-Paul Hiltenbrand , séminaire, Du lien conjugal, séance du 6/5/87, inédit

[17] Jean Bergès et Gabriel Balbo, opus cité P. 113

[18] Christiane Lacôte, L'inconscient, Flammarion, P. 7

[19] Idem P. 14

[20] Jean-Paul Hiltenbrand, séminaire Commentaire à partir du séminaire Le Sinthome, séance du 13 février 1986, inédit.

[21] Voir à ce sujet l'excellent ouvrage Le divan dans la vitrine de Sylvie Nerson Rousseau

[22] Jean-Paul Hiltenbrand, Séminaire Commentaire à partir du séminaire RSI, leçon du 20/06/85, inédit

[23] Gérard Amiel, Etude ordonnée de l'Autre inconscient à partir de l'œuvre freudienne, leçon du 18/11/2006, inédit

[24] Jean-Paul Hiltenbrand, séminaire Du lien conjugal, leçon du 26/11/86, inédit

[25] Jacques Lacan, Fonction et champ de la parole et du langage, opus cité, P. 249

[26] Erich Fromm Remarques sur les problèmes posés par l'association libre, le coq héron N°182, 2005, P. 77

[27] Lucien Israel, Initiation à la psychiatrie, Masson 1984, P. 226

[28] Jean-Paul Hiltenbrand, séminaire Signifiant, lettre et pulsion, opus cité, leçon du 14/4/92

[29] Bergès et Balbo, Psychothérapies d'enfants, enfants en psychanalyse, opus cité P. 20

[30] Charles Melman et Marcel Gauchet, La maladie d'amour, conférence de l'EPHEP, 2012

[31] Jean-Paul Hiltenbrand, Séminaire Commentaire à partir du séminaire RSI, leçon du 15/11/84, inédit

[32] Jean-Paul Hiltenbrand, séminaire Commentaire à partir du séminaire le Sinthome, séance du 27/3/86, inédit

[33] Jean-Paul Hiltenbrand, séminaire Commentaire à partir du séminaire le Sinthome, séance du 13/2/86, inédit