Ce titre pourrait être pris pour un pléonasme du fait que l'Autre est déjà « L'Ombre » si on le considère comme le lieu de l'Inconscient. L'Autre, trésor des signifiants nous enseigne Lacan, va nous déterminer en tant que sujet divisé par le signifiant : notre part d'Ombre est donc consacrée par cet Autre du signifiant ainsi que le Réel qu'il met en place et va pouvoir l'ordonner phalliquement autant faire se peut. Si nous maintenons ce titre, c'est en nous référant à ce roman de Léonora Miano, La saison de l'ombre, roman pour lequel elle a obtenu très justement le prix Fémina.

à propos de l'ouvrage d'Alice Ferney, Cherchez la femme, Actes Sud, 2013

« À la source, avant la longueur de la vie, il y a le désir mordant d'un homme vaillant comme sa jeunesse : Vladimir Korol devant la poitrine épanouie d'une fille de quinze ans ». Ainsi débute le dernier récit d'Alice Ferney, intitulé Cherchez la femme. Au commencement est une invite faite aux femmes, qui de la première à la dernière ligne tient le lecteur en alerte et dont l'auteur se fait à la fois clinicienne et anticipatrice avertie. Amour(s) et désamour(s) de couples consommés, puis consumés, le malentendu reste et produit ses effets pour chacun des protagonistes du récit, tandis que le lecteur, homme ou femme, saisi par la finesse de l'écriture soliloque et produit ses propres associations. La narratrice quant à elle déploie un savoir-faire d'orfèvre dans la façon dont elle relate les circonstances de la formation des deux couples principaux, puis leur devenir : celui de Vladimir et Nina dans les années 1960, puis celui de Serge -fils de Nina et de Vladimir- et de Marianne, fille d'Henri et de Brune, formé au début des années 1990 ou peut être à la fin des années 1980.

C'est par ce mot forgé tout récemment, supposons-nous, car nous n'avons pas retrouvé la date de sa mise en circulation, mot dont la définition habituelle est « ce qui a le caractère spécifique de l'étrangeté » et qui pour nous fait, bien entendu, écho à « L'inquiétante étrangeté » freudienne, c'est par ce mot qu'Akira Mazubayashi qualifie sa place de sujet soumise à un « entre-deux » déterminé par ses deux langues, l'une maternelle, le japonais, et l'autre « paternelle » encouragée par le désir du père, le français.

ou quelques remarques sur le dernier roman de Michel Houellebecq La carte et le territoire

De « La possibilité d'une île », d'un « ça cesse de s'écrire », Michel Houellebecq nous transporte dans son nouveau roman au cœur du territoire, la France, bien entendu celle que l'on dit ‘‘profonde'', où « ça ne cesse pas de s'écrire ». Pourtant, l'auteur lui-même, qui se met en scène dans son propre roman va cesser d'écrire, assassiné dans le Loiret dans la maison héritée de sa famille où il réside nouvellement après un séjour de plusieurs années en Irlande. Que veut nous dire Michel Houellebecq dans la fiction de sa propre mort ?

Le film de Sylvie Blum questionnant Charles Melman est remarquable de sobriété et d'élégance quand bien même on ne peut pas ne pas penser - au moins quelques secondes - à l'abécédaire de Gilles Deleuze sollicité en son temps par Claire Parnet. Melman laisse ici filer une parole tranquille et précise, d'une clarté dont la simplicité apparente seulement n'a d'autre effet que de capter l'attention de l'auditeur spectateur.

Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye

N'est-ce pas le style de Marie Ndiaye qui nous transporte sans lever le regard d'un bout à l'autre de son roman, phrases longues mais se reprenant par instants pour faire une pause, le temps de reprendre son souffle pour poursuivre de plus belle les méandres de l'écriture, tissage et mé-tissage entre deux continents ? Ou bien le thème même de son livre, ces « trois femmes puissantes », Norah, Fanta et Khady qui font un éclatant écho à notre monde contemporain où le « père-phallus » n'est plus que falot, qu'une « ombre bâclée à la six-quatre-deux » pour paraphraser le Président Schreber ? La puissance de ces femmes n'a pas le même effet quant au père, nous semble-t-il, celui qui représenterait l'autorité phallique, « celui qui a le bâton ».

Un métier idéal, de John Berger, traduction de Michel Lederer, Paris, Editions de l'Olivier, 2009

Les éditions de l'Olivier viennent de rééditer un récit de l'auteur anglais John Berger, Un métier idéal, publié une première fois en 1967. Le récit est accompagné de photographies de Jean Mohr, qui loin d'illustrer le propos en soulignent plutôt le mystère, soit les silences insaisissables que pointe une narration sobre et sans effet. Dans ce récit l'auteur devient le personnage qu'il accompagne, qu'il a suivi durant plusieurs mois dans son activité professionnelle de médecin de campagne exerçant au cœur de la Forêt, laquelle on ne sait, mais située dans le cœur d'une Angleterre reculée, au climat difficile, aux terres rudes qui forgent le caractère des « forestiers », durcissent un tempérament. Le médecin de campagne a choisi d'exercer là.

Quelques remarques sur le livre d'Atiq Rahimi, Prix Goncourt 2008

Syngué Sabour, Pierre de Patience, n'est-ce pas à partir de ce « cœur de pierre » que le livre s'écrit ?
Atiq Rahimi est un auteur d'origine afghane qui réussit ce « tour de force » de parler d'une voix de femme ; tour de force relatif si on se rappelle la féminisation du sujet par la lettre comme Lacan l'évoque à propos du conte d'Edgar Poe (Écrits La Lettre volée p.11), la plume de l'écrivain n'étant alors que l'illusion d'une maîtrise soumise au jeu de la lettre organisé par le signifiant phallique. De plus, il n'écrit pas dans sa langue maternelle, ce qui pourrait accentuer l'effet féminisant.

Exposé à Gap (05) le 20-10-2008

...La psychanalyse, telle qu’elle est en effet instrumentalisée dans les médias, a pour vocation de faire autorité sur des questions diverses et variées nécessitant l’avis des spécialistes ; en matière de famille par exemple, nous sommes passés d’une société où régnait le père à celui où règne l’expert. Quant à la poésie, qui en lit encore ? A part les écoliers et les lycéens pour qui cela fait partie du programme ? Il y a encore une vingtaine d’années, les suppléments littéraires des quotidiens avaient un chroniqueur spécialisé dans la poésie, dans les librairies, les rayons de poésie sont souvent réduits aux livres scolaires, il existe Le printemps des poètes mais la poésie semble aujourd’hui se situer dans un autre espace que celui de la société, pour preuve, qui connaît encore un poète vivant ?...

Texte présenté au groupe de travail sur les troubles d’apprentissage

« Nous ne voyons jamais au-delà de nos certitudes et, plus grave encore, nous avons renoncé à la rencontre, nous ne faisons que nous rencontrer nous-même sans nous reconnaître dans ces miroirs permanents. » Cette citation est issue de L'élégance du hérisson et quand j'ai lu la quatrième de couverture de ce livre, je me suis tout de suite demandé : comment l'auteur va-t-il faire se rencontrer ces deux-là ? Ces deux-là, ce sont Renée et Paloma.

Notre titre fait référence à la revue Commentaire et en particulier à un article de Sylviane Agacinski dont l'intitulé est : Parenté et Sexualité: L'homoparentalité. (N° 119 / Automne 2007). Il ne s'agit pas pour nous de prétendre faire « taire » ou « tarir » les commentaires du commentaire qui, telle une étude talmudique, peuvent se déplier jusqu'à l'infini du côté du sens dans le registre  imaginaire pour trouver son point d'arrêt au niveau du « grand interprète », …

Une question m'est venue après avoir vu ce film d'Emmanuelle Cuau, une question qui concerne la prégnance du regard comme contrôle dans notre social actuel et dans un certain nombre d'institutions notamment celle au sein de laquelle j'exerce en qualité de psychologue.

« Résilience » est un signifiant que nous entendons de plus en plus fréquemment dans les discours médicaux, psychiatriques, psychologiques, éducatifs. Un livre récent paru sous la direction de Boris Cyrulnik et Philippe Duval, Psychanalyse et Résilience (Editions Odile Jacob), nous permettra peut-être d'y voir un peu plus clair dans ce ‘‘nouveau'' concept qui envahit de plus en plus les sciences conjecturales.

Cette histoire écrite et dessinée par Tomi Ungerer a connu un grand succès en France et en Allemagne dans les années 80 ; sans cesse rééditée elle est devenue un classique de la littérature enfantine contemporaine. Bien que je l'ai lue à mes trois filles, ma fille aînée la considère comme son histoire, et ce livre fait partie de ceux qui l'accompagnent car il est le livre qui lui a donné envie d'apprendre à lire. Je l'utilise parfois dans des prises en charge thérapeutiques de petites filles car il permet d'aborder avec finesse et drôlerie le lien entre oralité et sexualité. Pas l'ombre de pédagogie dans ce texte qui se présente comme un conte d'autrefois avec des mots et des idées d'aujourd'hui. C'est une histoire à lire à voix haute dont le texte très simple sonne comme un poème et dont les illustrations superbes réjouissent par leurs détails et par la peur qui pourrait surgir si...

Luce ne crie jamais et elle n'a jamais faim .Elle essaie de faire naître une étincelle dans l'œil de la Varienne  en ne la quittant pas des yeux mais c'est peine perdue, la Varienne est toujours muette ; Quand on s'adresse à elle, « elle porte son regard sur la bouche de celui qui parle. L'esprit colle à chaque chose prise sous le regard. Aucun espace n'a réussi à écarter même infimement l'esprit de l'œil. Aucune place ne s'est faite là. A l'intelligence, il faut un espace pour se poser (…) Entre le regard et l'esprit de la petite, une aile papillon, juste une s'est déployée. »

Le dernier roman de Michel Houellebecq nous projette dans un monde futuriste (dans un ou deux millénaires)où l'homme,grâce à la science et ses applications,aurait résolu la question phallique et celle de son désir .Dans un interview donné au journal « le Monde » avant la sortie de son dernier livre, Michel Houellebecq assimile la science à la vérité et pense que « tout ce que la science rend possible sera réalisé ».

Mais qu'est-ce qui nous met un creux à l'estomac, quel est ce sentiment de malaise qui peut entraver le fonctionnement habituellement silencieux de notre organisme, qu'est-ce qui nous saisit au moment où nous aurions à produire l'acte de prendre la parole, par exemple à l'occasion d'une intervention publique ?

Si je vous disais par exemple que j'aurais la crainte de me faire dévorer toute crue, vous me répondriez — et vous auriez sans doute raison — que c'est là l'effet de ma fantaisie… Une telle fantaisie, somme toute très banale, implique tout de même deux opérations : celle de se supposer comestible d'une part, et d'autre part de se présenter à l'autre comme comestible d'une certaine façon… Ce qui revient à faire de l'autre un potentiel mangeur en série.

À propos du livre de Pierre Bourdieu : La domination masculine

Dans son livre, « La domination masculine » Pierre Bourdieu espère et en appelle aux mouvements gays et lesbiens pour subvertir l'ordre universel de  dominant  et de dominé  qu'il constate partout dans la société, ordre qui serait là à l'insu des sujets tant masculins que féminins et qui ordonnent leurs relations tant et si bien que les  dominés  eux-mêmes s'en réclament et en redemandent!