À l'heure de la différence revendiquée et exaltée, ce sont pourtant les manifestations grégaires qui font spectacle : on se regroupe entre « mêmes » ; les sites communautaires sur le net témoignent que les connexions ne font pas rencontre ; l'agrégation n'est pas la relation, le réseau n'est pas le lien. Le cheminement existentiel cède la place à la multiplication des expériences.
Le lien social semble se dissoudre dans une construction grégaire où l'altérité se trouve mise à mal et la rencontre toujours repoussée. Il ne s'agit pas de rencontrer, de connaître, d'être reconnu par l'autre mais d'être « connu », au sens de la visibilité et de la notoriété (le nombre d'« amis » sur facebook, idéal du chiffre...). Tout se passe sur l'écran, et l'ordre numérique qui se déploie disqualifie d'autant le Symbolique.

 Nous avons tenté, à travers ce bref article, de montrer que ce que transmet le psychiatre ne se fait pas selon sa volonté mais se trouve articulé à son désir inconscient, à son insu.

En 1974 à Rome, répondant à la question d'un journaliste italien, Lacan prédisait le triomphe de la religion, il précisait la vraie religion, la Romaine. Depuis nous étions enclins à considérer qu'il s'était trompé et qu'au temps des échanges généralisés, c'est l'objet qui triomphait. La religion avait perdu en même temps que déclinaient les Noms-du-Père, Freud ayant dès le départ de son élaboration lié la fonction, le rôle et la figure du Nom-du-Père à la tradition judéo-chrétienne.
À l'occasion du remaniement ministériel, le journal Le Monde du 26 juin déplore dans son éditorial de 2e page « L'Illusion perdue » que constitue la suppression du secrétariat d'État aux droits de l'homme. Expérience inédite en Europe, d'autant plus que la défense de droits dont l'universalité est contestée, ne la rend que plus urgente.

Le déficit de confiance serait une manifestation de ce qu'il est convenu d'appeler « la crise ».
Les événements spectaculaires que l'on pointe dans l'actualité immédiate ne doivent pas conduire à occulter le fait que la crise n'est pas un état mais un processus long, un travail de décomposition - recomposition institutionnelle entre deux ordres « stabilisés » du monde.
L'avancée de ce processus de désinstitutionnalisation est aujourd'hui telle que les régularités qui organisaient le social sont mises à mal. De sorte que c'est un véritable désarroi qui s'exprime, devant l'insaisissable d'une période de basculement. « Ça ne fonctionne plus ». C'est-à-dire que l'on ne sait plus à quoi s'attendre, et qu'il devient difficile d'anticiper la manière dont sont susceptibles de se déployer les événements relatifs au vivre-ensemble.

Charles Melman a ouvert sa conférence (Grenoble, avril 2009) sur la crise et le diagnostic de « manque de confiance » avancé par les experts. À son tour, il nous a invités, dans le social qui est le nôtre aujourd'hui, à « faire confiance ».
Il me semble qu'il entendait par là que la confiance est un préalable, un point de départ, sans quoi la rencontre avec l'autre ne peut intervenir, et sans quoi la parole ne peut advenir.
Ce point me paraît tout à fait bienvenu pour souligner en contrechamp que l'une des manifestations des difficultés actuelles est l'absence même de rencontre et de parole - masquée par la multiplication de connexions (lesquelles ne sauraient faire lien) et la saturation par la communication.

Lors de son passage à Grenoble , Charles Melman a abordé un point sur lequel je souhaite m'arrêter : le déficit qui s'est installé, nous disait-il dès son introduction, est la perte de confiance. Il posait la question : c'est quoi la confiance, faire confiance ?
Il en donnait la définition suivante : « la confiance serait ce sentiment que nous avons que nos engagements seront payés de retour, que ce que nous engageons dans un échange sera payé de retour.
Le symptôme actuel est une maladie des échanges. »
C'est autour de ce symptôme - la perte de confiance - que Charles Melman a déployé la question de l'adresse et du transfert. Il faut faire confiance à quelqu'un, quitte à devoir par la suite revenir sur cette confiance.

Au XVIe siècle, la découverte du Nouveau Monde et de ses ressources minières s'était accompagnée d'un afflux d'or massif en Europe. Cela provoqua une déstabilisation profonde de l'économie, qui révéla le caractère illusoire d'une richesse déconnectée du réel matériel. Ces "moyens de paiement" excédentaires ne trouvèrent pas à se "réaliser". S'en suivit une hausse des prix qui corrigea sévèrement l'illusion.

Film après film, les frères Dardenne explorent inlassablement l'humain en prise avec l'extension de la marchandisation au champ du rapport social. C'est un même questionnement qui traverse une œuvre de cinéma singulière. Le Silence de Lorna amène une nouvelle manière de filmer qui rend le propos plus consistant encore.

Ce film d'animation qui s'inspire de l'histoire personnelle du réalisateur raconte, sur le mode d'une enquête, la recherche des souvenirs oubliés d'un soldat israélien ayant participé à la guerre du Liban, et peut-être aux massacres des camps de réfugiés palestiniens en 1982.

Rien ne sera plus comme avant le 11 septembre aux Etats-Unis. Effondrement spectaculaire de l'édifice de la toute-puissance américaine. Changement d'ère : un trou à la place des tours.

Ceux qui ont eu comme nous la chance de voir la magnifique exposition de Paul Cézanne au musée  Granet à Aix-en-Provence en commémoration de l'anniversaire de sa mort en 1906 ont été peut-être questionnés par quelque énigme à nous posée par le grand peintre, peu reconnu par ses pairs de son vivant dit-on pour sa recherche toute subjective sur la couleur. A l'inverse de l'autre Paul (Pablo Picasso) qui ne cherchait pas mais trouvait…

Chaque Homme à un moment donné rencontre l'histoire. Il n'est plus seulement cet écho de lui-même, étranger au monde, qu'il garde par devers lui caché, bribe arrachée à l'éternité de sa jeunesse et à l'infini de ses promesses.

Du latin coniventia, de conivere : cligner, fermer les yeux.
Parfois on ne peut qu'être frappé, à considérer le style des rapports que les adultes entretiennent avec les enfants jeunes ou moins jeunes, dont ils ont la responsabilité et la charge, de la connivence qu'ils entretiennent avec eux, jusques et y compris à l'égard de ce qu'ils dénoncent de leurs « attitudes » ou « comportements », bref de ce dont ils se plaignent.

Suite à la publication du rapport de L'INSERM  sur « les troubles de la conduite chez l'enfant et l'adolescent », les médias, de l'audio-visuel à la presse médicale se sont fait les vecteurs d'un message pour lequel ils ont  rivalisé dans la simplicité. Ainsi  le syndrome de l'hyperactivité avec trouble de l'attention devient-il le nouveau mystère de la trinité : un trouble, l'hyperactivité avec déficit de l'attention ; une cause, organique à transmission génétique ; un remède, le médicament.

- Opignons ? Et pourquoi pas ? Opinons à ce que certains esprits (ringards et chagrins) pourraient appeler un néologisme, et développons l'hypothèse que celui-ci propose: Ces derniers mois ont consacré en France le triomphe d'une démocratie d'opinion(s) sur une démocratie que, faute de mieux, nous appellerons une démocratie de valeurs, ou si l'on préfère de principes. Il aura juste fallu un peu plus d'un mois pour décrédibiliser, puis pour délégitimer dans un même élan le Législatif, puis l'Exécutif — et le Judiciaire continue à se consumer dans des affaires d'armoires mal fermées.